Tribune
Richard Goyette
Association des manœuvres interprovinciaux
Lise Thériault, ministre du Travail, serait-elle au service des cartels qui contrôlent l'industrie de la construction?
Certains croient, naïvement que la ministre du Travail, madame Lise Thériault, est à faire le ménage dans l'industrie de la construction. Pourtant, rien n'est plus faux et il est étonnant que les observateurs politiques n'aient pas encore soulevé les questions qui s'imposent. Dans les faits, la ministre du Travail n'a qu'à frapper sur certains syndicats, l'autre se croyant son ami, afin de contempler le bon peuple applaudir ses exploits : Panem et circenses.
En premier lieu, depuis que le « scandale » de la construction s'est révélé il y a plus d'hommes et de femmes politiques qui ont été désavoués que de représentants syndicaux. Si on en faisait le décompte, on serait des plus surpris. Et pourtant, vous avez senti un renouveau politique? Madame Lise Thériault s'est-elle insurgée contre les pratiques de son gouvernement, dont principalement les pratiques de ses confrères et ses consœurs? Non! Pourquoi? Y a-t-il une ou des raisons pour maintenir ce silence? La ligne de parti peut-être... ou la solidarité ministérielle? Aurait-on peur de froisser des amis, madame la ministre.
Acharnement contre les syndicats?
Continuons... N'a-t-on pas remarqué que les perquisitions et les poursuites mettent en vedette presque exclusivement des politiciens, des entreprises de construction, des bureaux d’ingénierie, des entreprises de services ou de fournitures dans les municipalités? Pourtant, avez-vous entendu le gouvernement faire des déclarations contre ces entreprises comme on en a entendu contre les syndicats? Que retrouve-t-on au menu législatif? La loi 35 modifiant la loi sur la Régie du bâtiment? Il faut en prendre connaissance pour saisir ce que représente la vacuité en terme législatif. Mais encore... Non? Pourquoi? Alors, madame la ministre, y a-t-il une raison pour maintenir ce silence? La ligne de parti peut-être... ou la solidarité ministérielle? Aurait-on peur de froisser des amis, madame la ministre?
La ministre du Travail, madame Lise Thériault, voulait modifier la loi afin d'empêcher les travailleurs et les travailleuses sur les chantiers de s'identifier auprès d'un représentant syndical. Ainsi, il devenait désormais impossible de savoir si une personne travaille ou non au noir. Bien sûr, elle a dû retirer cet amendement qui faisait foi de l'irresponsabilité de son gouvernement à l'endroit des salariés qui se font voler leur salaire et les autres citoyens qui se font subtiliser les argents destinés au bien collectif. Prétexte de la ministre au moment où elle voulait ainsi modifier la loi... l'intimidation. Disposons d'abord de cette question. Posons-la différemment : la ministre du Travail est-elle en mesure de donner l'exemple en pareille matière?
Prenons pour exemple les réclamations soumises à la Commission de la santé et de la sécurité du travail en raison d'actes de violence subits ou en relation avec le travail. Selon les statistiques de la CSST, pour les années allant de 2004 à 2009, les employés du secteur de la santé et de l’enseignement, donc principalement les employés de l'état, ont compté jusqu'à près de 50% du total des réclamations. Pour l'industrie de la construction, les réclamations portant sur ce type de lésion atteignent à peine 8/10 de 1%. Et la ministre du Travail se croit en position de donner des leçons et s'égosiller sur la dure réalité des chantiers. Lorsque l'on sait que cette même ministre est aussi responsable du dossier de la santé et de la sécurité du travail, on ne peut qu'être envahi d'un réel dégoût. On aura beau vouloir livrer des commandes, il faudrait peut-être y ajouter un peu de connaissance et cesser de colporter des ragots qui servent les intérêts de... Au fait madame la ministre, quels sont vos intérêts? Pourquoi autant d'acharnement à vous attaquer aux travailleurs et aux travailleuses de la construction? Et quel est votre projet visant à mettre un terme à la violence 50 fois plus grande dans votre milieu de travail que dans celui de la construction? Certainement pas l'actuel projet mis de l'avant par la CSST visant à modifier la Loi sur la santé et la sécurité puisque le Secrétariat intersyndical du secteur public [1] l'a rejetée.
De l’intimidation : qu’en est-il?
Revenons à notre intimidation. Il y aurait eu 30 plaintes de discrimination l'an dernier dans le secteur de la construction pour 150 000 travailleurs et 30 000 employeurs, soit 0,000116667 : risible l'argument de la ministre du Travail, mais on n’est pas à un exemple près. Pourtant, les plaintes en déontologie des ordres professionnels sont largement supérieures à nos 30 plaintes et il en est de même pour les services policiers en matière de déontologie. Pourquoi alors n'y a-t-il pas de mesures prises par la ministre du Travail ou son gouvernement ailleurs que dans la construction? Pourquoi dans un tel cas s'attaque-t-on aux travailleurs et aux travailleuses de la construction? Y a-t-il une raison pour maintenir ce silence ? La ligne de parti peut-être … ou la solidarité ministérielle? Aurait-on peur de froisser des amis, madame la Ministre?
Questions légitimes
Faut-il rappeler que c'est la FTQ-Construction qui, depuis des années, demande au gouvernement d'agir contre le travail au noir?
Faut-il rappeler que c'est la FTQ-Construction qui a exhorté le gouvernement du Québec et la Commission de la construction du Québec à poser des gestes concrets dans certains sous secteurs d'activité se révélant caractérisés par le travail au noir, tels le placoplâtre et les agences de placement servant au blanchiment d'argent?
Faut-il rappeler que ce sont ces dénonciations qui ont mené à plusieurs enquêtes policières qui ont abouti récemment?
Faut-il rappeler que longtemps avant les médias, la FTQ-Construction avait mis à jour ces tractations, mais qu’aucune ne portait attention à nos dénonciations? Que les gouvernements successifs et la Commission de la construction en étaient au fait, mais que malgré tout, on a toujours fait la sourde oreille à nos appels répétés?
Faut-il rappeler que les représentants syndicaux sont ceux qui déposent le plus de plaintes pour différentes infractions aux différentes lois relatives au travail au Québec?
Faut-il rappeler que le Comité consultatif en matière d'inspection, où siègent les parties patronale et syndicale, a mis en évidence qu'il y avait plus d'infractions aux lois et règlements sur les chantiers gouvernementaux que sur les chantiers du secteur privé?
Pourquoi alors empêcher les représentants syndicaux d'identifier les travailleurs et les travailleuses sur les chantiers quand nous savons pertinemment qu'il y a plus d'actes de violence sur les lieux de travail gérés par le gouvernement du Québec que sur les chantiers de construction?
Pourquoi alors empêcher les représentants syndicaux d'identifier les travailleurs sur les chantiers quand nous savons pertinemment qu'il y a plus de plaintes en déontologie dans l'ensemble des ordres professionnels et chez les policiers que sur les chantiers de construction?
Pourquoi alors empêcher les représentants syndicaux d'identifier les travailleurs et les travailleuses sur les chantiers quand nous savons pertinemment que ce sont les syndicats qui sont à la source des révélations dénonçant les malversations et les tractations douteuses à s’être produites sur les chantiers?
Pourquoi alors empêcher les représentants syndicaux d'identifier les travailleurs sur les chantiers quand nous savons pertinemment qu'il y avait plus d'infractions sur les chantiers gouvernementaux que sur les autres?
Et si le gouvernement du Québec en avait assez des révélations et du travail effectué par les syndicats? Et si la ministre du Travail, en croyant « sauver le monde », était à son insu, peut-être, complice de cet état de fait? Prêtons-lui pour l'instant cette honnêteté, bien qu’elle n’ait absolument aucune idée précise de la portée de ses gestes.
Mais revenons à nos questions. Dans tout ce grand manège politique, madame Lise Thériault s'est-elle insurgée en raison de ce que nous avons divulgué et qui a été divulgué par les médias dans les octroies de contrats de sous-secteurs de l'asphalte, du béton, de l'eau, des aqueducs et des routes, les contrats dans les municipalités, les élections « clé en main », les soumissions gonflées et autres pratiques discutables? Bien sûr que non! Non, elle est indignée! Alors, pourquoi l'aurait-elle fait? Le problème est ailleurs! Madame la ministre, y a-t-il une ou des raisons pour maintenir ce silence? La ligne de parti... peut-être... ou la solidarité ministérielle? Ou aurait-on aussi un peu peur de froisser des amis? Face à l'évidence et surtout aux questions suscitées, madame Lise Thériault n'a pu que reculer et permettre à nouveau aux représentants syndicaux de constater si une personne qui œuvre sur un chantier ne le fait pas au noir. Mais la question demeure entière : à qui profitait réellement cette modification?
Entre-temps, je l'avoue, j'adore voir et entendre la ministre nous faisant la leçon et se drapant dans son voile d'indignation. Surtout si cette ministre fait partie d'un gouvernement porté au pouvoir avec 42% des suffrages exprimés et qui pourtant ne reconnaît pas, pour les autres, la règle du 50% plus un des suffrages exprimés pour valoir comme majorité. Ça respire l'indignation partisane... le show... Mais là aussi se pose la question des amis et des alliés de la ministre. Mais je reviendrai particulièrement sur cette intéressante question dans un prochain texte.
[1] Secrétariat intersyndical du secteur public comprend l’APTS [Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux], la CSQ [Centrale des syndicats du Québec], la FIQ [Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec], le SFPQ [Syndicat de la fonction publique du Québec] et le SPGQ [Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec]).

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