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Tribune

Richard Goyette

Association des manœuvres inter-provinciaux

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Éthique ou étique?

À la fin des années 1990, les parties syndicales et patronales mettaient en place le Fonds de formation des travailleurs de la construction suivi de celui du Plan de formation – secteur résidentiel. Ces deux institutions ont su, au cours des ans, maintenir un régime de formation professionnelle compétent, actif et rapide. 

Très souvent les Fonds auront permis d'agir beaucoup plus rapidement et efficacement que le service de formation de la Commission de la construction du Québec. D'ailleurs, à la différence du service de la formation de la Commission de la construction du Québec, jamais le Fonds ou le Plan n'aura permis de modifier un devis de formation, de substituer par d'autres des matériaux nécessaires à la formation modifier, la part de financement à une activité sans l'accord des partenaires, ce qui n'est pas le cas de la Commission de la construction du Québec.

Voilà qu'avec le projet de loi 33, la ministre du Travail, l'ineffable madame Lise Thériault, transfert les argents du Fonds et du Plan de formation à la Commission de la construction du Québec. Conclusion de la ministre : « une créature patronale syndicale ne peut être efficace au Québec, mieux vaut la médiocrité et en finir avec la performance, nivelons par le bas ». Bien qu'elle n'ait jamais fait une telle déclaration, c'est ce que nous devons en comprendre. Ni le Fonds de formation ni le Plan de formation n'ont d’ailleurs fait l'objet d'une seule plainte. Que peut-on ajouter sinon un gros bravo à la ministre du Travail pour son œuvre de destruction de l'industrie. Alors que notre main-d’œuvre est reconnue pour sa compétence sur le plan international, nous, au Québec, on démoli systématiquement ce qui s'est construit au jour le jour durant les 20 dernières années. C'est l'une des traditions de pouvoirs dans certains pays sous-développés que de démanteler ce qui a été fait par les prédécesseurs, même si le travail était bien fait, afin de légiférer à nouveau. Sans doute que cela donne un sens à l'existence, mais l'angoisse des uns se paie au prix fort.

Pendant que des projets d'importance sont en cours ou en attente de réalisation et qu'il demeure impératif de maintenir notre avance en matière de formation professionnelle, on nous subtilise sans notre consentement 190 millions de dollars pour le remettre à la Commission de la construction du Québec. Quant à la présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Madame Diane Lemieux, elle ne semble connaître aucune gêne à l'endroit de cette « politique » de dépossession d'un Fonds exclusivement privé, administré privément par les parties et au bénéfice des travailleurs et des employeurs de l'industrie de la construction. Lors de la Commission parlementaire la ministre du Travail a d'ailleurs menti à la population en affirmant que le Fonds et le Plan de formation auraient les mêmes administrateurs après son transfert à la CCQ. Incroyable qu'une ministre qui modifie la Loi n'en connaisse même pas les composantes. Mais soyons généreux et admettons qu'elle n'a pas menti, elle ne serait alors qu'incompétente.

« Faire la leçon »

En conséquence, si d’aventure la ministre du Travail ou la présidente-directrice générale de la CCQ devait nous « faire la leçon sur l'éthique ou la morale », que nous resterait-il à faire sinon en rire? Nous savons tous que présentement dans les organismes publics et privés, on ne parle plus que de cette question de code d'éthique. On tente de nous former à l'oubli de nos racines et ce pourquoi nous nous sommes engagés socialement. Ainsi, si on se fait subtiliser 190 millions de dollars, la règle devient désormais d'administrer ce 190 millions de dollars avec ceux qui l'ont … pris, engrangés, stockés, subtilisés... Allons, un geste abjecte le demeure peu importe qui le fait et malgré le temps il restera toujours marqué par l’infamie. Voilà pourquoi, ni la ministre du Travail, ni la présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec ne possède plus la crédibilité nécessaire à nous entretenir de ces questions d'éthique et de morale. On aura plus alors à s'étonner, encore une fois, que Dame Lemieux nous inflige une conférence de presse afin de nous informer des sanctions qu'elle compte prendre à l'endroit de ces mécréants qui croient que se faire subtiliser une somme de 190 millions de dollars pourrait s'avérer légèrement révoltant. Ils n'avaient aucune raison de se révolter.

Étrangement, ceux qui subtilisent ces sommes ne feront l’objet d’aucune poursuite. Doit-on rappeler la disparition de plus de 60 milliards de dollars de la Caisse de l'assurance-emploi? Doit-on aussi rappeler qu'à deux reprises les travailleurs et les travailleuses de la construction ont vu leur fonds de retraite fondre en raison de problèmes de placement à la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Près de 3 milliards de dollars partis en fumée. « Hé-Ho Madame la ministre du Travail, on fait quoi avec nos milliards... on les oublis? »

Nos gouvernements et leurs alliés atones et aphones, sauf pour les mesures de répression, se rendent coupables d'actes immoraux même s'ils s'avèrent légaux dans notre société de droit. Mais ce geste n'en demeure pas moins douteux et laisse un arrière-goût de colère, et soyons polis : de spoliation ou de mainmise inappropriés. Heureusement que la désobéissance civile a encore sa place en démocratie sinon, la gestion de l'état ne tiendrait plus qu'au mensonge et au carriérisme politique. Les travailleurs et les travailleuses de la construction qui auraient illégalement débrayé ou fermé des chantiers ne seraient pas alors les délinquants tels qu'on voudrait le faire croire à la population, mais plutôt des personnes qui défendent leurs droits dans une société où le mensonge a plus de poids que l'équité et la justice. Et que l'on ne me dise surtout pas que, par de tels propos, j'incite à la violence puisque même Saint-Augustin en faisait état à son époque : À une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir, la résistance à l’oppression est le plus saint des devoirs. 

En effet, nous qualifions d’injuste : Faire main basse sur 190 million de $ qui ne lui appartient pas, réduire les conditions de travail, de priver des travailleurs et des travailleuses de bénéficier d’un régime d’assurance et de retraite, de congédier du personnel sans motif valable, ne plus reconnaître le principe d’une personne un vote en démocratie, tordre la vérité pour arriver à ses fins. Voilà autant de raisons motivant le défi des travailleurs et des travailleuses de la construction pour ne pas suivre le troupeau. On a les cautions que l'on a me direz-vous. Je laisse au Parti libéral le soin d'énoncer les siennes et pour le reste : gardons notre sens de l'humour.

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Luc Lajoie