Spécial
Comme vous le savez peut-être, il y a eu un stage en Colombie, formé de 7 jeunes représentants des centrales syndicales. Pour ma part, j'y étais afin de représenter l'industrie de la construction, étant moi-même représentant FTQ au local 3 (Association nationale des travailleurs en réfrigération, climatisation et protection incendie). Ce stage, initié par le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), nous a permis de nous regrouper à l'Escuela Nacional Sindical –ENS (école de formation syndicale).
Lors de mon échange avec mes confrères et consoeurs colombiens du secteur de la construction, j'ai pu rencontrer M. Rios, président national du SINDICONS, le syndicat de la construction affilié à la centrale (CUT) CENTRAL ÚNICA DOS TRABALHADORES. Ce syndicat dans la construction a vu le jour en 1938. Dans les années 1960, 20 % des travailleurs étaient syndiqués, en 1980 on ne comptait plus que 8 entreprises avec une convention collective! Aujourd'hui, il ne reste que 2 entreprises seulement et le taux de syndiqués est de 0.5 % parmi les 100 000 travailleurs.
Pourquoi une si grande démobilisation? Voici, selon moi, quelques raisons : précarité des emplois, limitation de la liberté d'expression, aucun ministère du travail, violence (intimidation), assassinats et impunité. Les jeunes ne s'impliquent presque plus, la baisse des conditions de travail et l’injustice routinière ont permis un démantèlement quasi total du syndicalisme et évidemment, le plus important, les droits du travail ainsi que les droits humains.
Pour pallier à cette démobilisation, le syndicat s'est muni de plusieurs stratégies telles que l’embauche d'un avocat à temps plein pour représenter les travailleurs dans toutes causes juridiques. Le Syndicat a également investi dans la production d'un journal de la construction nommé SINDICONS, qui est publié 6 fois par année. Fournir de l'information personnalisée, directement au domicile des travailleurs, sur ces droits au travail et la convention collective . Aucune pression n'est utilisée puisqu'il n'est seulement question que d’informations.
L’industrie de la construction en Colombie
Le domaine de la construction est divisé en deux secteurs : Le premier est le résidentiel, commercial, industriel et institutionnel. Le deuxième est voirie et génie civil. 98 % des travailleurs sont des hommes âgés de 26 à 45 ans. Parmi eux, 88 % savent lire et écrire. 18 % sont détenteurs d'un D.E.S. et 30 % sont des décrocheurs. 3 % des travailleurs et travailleuses sont des techniciens (mécanique du bâtiment) et 0.7 % des universitaires (ingénieurs…). Du côté salarial, 50 % des travailleurs gagnent maximum 230 $ US par mois et 25 % entre 230 et 460 $ US. 19 % d’entre eux gagne entre 460 et 690 $ us par mois et moins de 6 %, plus de 690 $ par mois. On peut dénombrer 37 % d'apprentis, 28 % de compagnons et 7 % de contremaîtres.
Pour ce qui est de l'évolution de la compétence, pour l'apprenti et même le compagnon, c'est l’employeur qui décide le moment de changer de niveau de compétence. La formation requise pour les travailleurs en général est donnée par la compagnie elle-même.
Question sécurité: les normes de sécurité sont les mêmes partout en Colombie, l'employeur doit fournir un minimum d'équipement de protection, tel que les bottes, les lunettes, le casque et autre jugés nécessaires. Les travailleurs ont un programme de similaire à CSST qui, en cas de compensation, équivaut à 100 % du salaire.
Une expérience enrichissante
Voilà ce qui résulte de mon expérience en tant que stagiaire en Colombie. Par contre, tout ce que vous venez de lire est purement théorique. Les droits mentionnés ci-dessus ne sont respectés que pour 0.5 % des travailleurs de la construction. Seulement deux compagnies de construction ont signé une convention collective à ce jour. Les habitudes des employeurs sont de faire ce qu'ils veulent quand ils le veulent et si rien ne va plus, ils ferment les portes surtout si la soupe devient trop chaude. Le système est géré d'une telle façon que même le gouvernement en fait partie. Tout passe par la sous-traitance, alors comme l'impunité est chose courante, les compagnies ne respectent aucune règlementation et remplacent les travailleurs à leur guise. Si un travailleur est trop revendicateur, il aura une visite de la part d'un inconnu pour le menacer ou bien même menacer sa famille, malheureusement ça peut aller jusqu'à la mort.
En 2010, la Colombie comptait plus de 2585 homicides, 864 ont été enquêter, et moins de 200 condamnations y ont été attribuées.
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Violation de la vie, de la liberté et de l'intégrité personnelle commises contre des syndicalistes
*Du 1er janvier au 31 décembre 2010 |
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Type de violation |
Total |
% |
|
Homicides |
51 |
10,6 |
|
Disparitions |
7 |
1,5 |
|
Attentats avec ou sans lésion |
21 |
4,4 |
|
Déplacements forcés |
35 |
7,3 |
|
Menaces |
338 |
70,6 |
|
Kidnappings |
5 |
1,0 |
|
Harcèlements |
16 |
3,3 |
|
Détentions arbitraires |
3 |
0,6 |
|
Aplanissements illégal |
3 |
0,6 |
|
Total |
479* |
100 |
Que serait la Colombie aujourd'hui, sans la menace réelle de plusieurs groupes organisés tels que : les PARA-MILITAIRES, LA GUERRILLA, LES NARCO-TRAFICANTS et notamment, le gouvernement qui a des yeux qui ne voient presque rien, ou bien qui se font complices?
Para conocer más sobre los derechos laborales y sindicales en Colombia ir a www.ens.org.co
Une meilleure mobilisation, une plus grande participation des jeunes au mouvement syndical, et un plus grand support de la communauté internationale sont les demandes faites par le représentant de la construction de la Colombie.
Février 2011
DANYK NAUDI, Représentant syndical
FTQ Construction Local 3

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