Spécial
Hier, la ministre du Travail, Lise Thériault, déposait à l’Assemblée nationale un projet de loi qui vient restreindre les droits fondamentaux de 70 % des travailleuses et travailleurs de la construction.
Ce projet est la suite d’un rapport bâclé, partisan et discriminatoire, présenté par de pseudo-experts, qui ont eu beaucoup plus à coeur de favoriser leurs anciens employeurs que de défendre les droits des travailleurs (Deux des experts venaient de la CSN, une association qui n’a jamais réussi à s’implanter dans l’industrie de la construction, un de l’APCHQ et un autre de firmes d’ingénieurs-conseils.)
Cette réforme n’est pas étrangère à l’arrivée de Diane Lemieux et de ses acolytes à la direction de la CCQ. Leur objectif est d’éliminer le paritarisme au sein de cet organisme, financé en grande partie par les travailleurs. En quelques mois, cette nouvelle direction a fait de la CCQ l’antichambre des ministères du Travail et de la Justice. Ce sont maintenant des fonctionnaires qui géreront nos relations de travail.
Pourquoi 110 000 travailleurs s’opposent à ce projet de loi ?
Sur le placement
PLACE À LA DISCRIMINATION
La ministre du Travail enlève le placement aux associations syndicales pour le confier à la CCQ.
Le système proposé sera coûteux, complexe, inapplicable et voué à l’échec. C’est un système informatique à la CCQ qui fournira la main-d’oeuvre sur les chantiers. Celui-ci sera sous le contrôle d’une présidente qui ne connaît rien à la construction. Bonne chance ! Ce système-là ne fera rien pour trouver des emplois aux travailleurs plus âgés, à ceux qui ont été victimes d’accidents du travail et qui ont certaines limitations, à ceux qui ont refusé les manigances de certains employeurs et qui se retrouvent sur les listes noires, aux femmes qui accèdent difficilement aux emplois, aux minorités, aux autochtones, etc.
Comme si ce n’était pas suffisant, plus aucune association ne pourra faire les démarches afin de permettre aux travailleurs du Québec d’accéder aux chantiers situés à l’extérieur du Québec. C’est la perte de milliers d’emplois très rémunérateurs pour les travailleurs.
Une opinion partagée
« Le placement syndical, il est nécessaire et il est même essentiel. Des chantiers de construction opèrent en succession de métiers. Il est important pour les donneurs d’ouvrage, privés ou publics, qu’un métier donné, quand il doit entrer sur un chantier de construction, entre au moment prévu. Ce n’est pas fonctionnel ni pratique de vouloir éliminer le placement, puis surtout de donner ça à une bureaucratie croissante qui s’appelle la CCQ qui elle, n’a pas l’information pointue nécessaire pour faire du placement réel. » - Estrie-Express, 13 septembre 2011 « Le placement, il ne s’en fait presque pas, d’une part par la CCQ, entre 2 et 5 %, et les bureaux de placement syndicaux, si attaqués, sont responsables d’à peu près 10 %. Les deux tiers du placement, ce sont les entrepreneurs qui courent après les travailleurs et le reste, ce sont les travailleurs qui courent après les entrepreneurs. On est loin du mythe absolu que les bureaux de placement c’est mauvais. » - Radio-Canada, 19 avril 2011.
Jean Sexton, impliqué comme spécialiste et commissaire dans les Commissions Cliche (1972), Picard (1989) et sur la Gaspésia (2004).
Sur la CCQ
LA MINORITÉ DÉCIDERA
La ministre du Travail donne une voix égale à chaque association syndicale présente dans la construction, peu importe le nombre de membres que chacune d’elles représente. Pour les travailleurs, ça signifie que les associations syndicales qui représentent peu de syndiqués pourront décider pour l’ensemble des travailleurs, même si une majorité est contre.
C’est un peu comme si à l’Assemblée nationale, l’ADQ, Québec Solidaire et les indépendants pouvaient annuler les décisions d’un gouvernement majoritaire. C’est le monde à l’envers ! Ça va à l’encontre de toutes les règles démocratiques. L’industrie de la construction va devenir une république de bananes !
Sur la négociation
LA FIN D’UN RÉGIME GAGNANT
La ministre du Travail change les règles afin d’obliger la présence d’au moins trois des cinq associations syndicales pour permettre la signature des conventions collectives. Ça signifie que même si une ou deux associations syndicales représentent la majorité des travailleurs (50 % + 1), elles ne pourront pas signer les conventions collectives. C’est la paralysie de notre régime de négociations, car des petits groupes pourront prendre en otage toute une industrie en refusant de conclure des ententes. Mais, c’est surtout bafouer les droits fondamentaux des travailleuses et travailleurs de la construction.
Qui conseille la ministre du Travail ?
Des gens incompétents qui ne connaissent rien à notre industrie, qui ne connaissent rien aux règles démocratiques.
Sans véritable réflexion, la Ministre et ses conseillers décident de chambarder un régime de relations de travail qui a assuré une paix industrielle sur les chantiers depuis de nombreuses années.
Nous nous battrons jusqu’au bout pour que les travailleuses et travailleurs de la construction aient les mêmes droits que ceux des autres industries. Il n’y aura pas deux catégories de travailleurs au Québec : ceux de la construction et les autres !
À suivre !


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