Spécial
« Nouveau modèle amélioré! Encore meilleur! Faites 36, 48, 60 ou 72 paiements, sans intérêt! Ou mieux, ne payez rien avant janvier 2015! Vivez votre rêve! Pourquoi vous en priver? Vous le méritez bien! » Voilà quelques-unes des formules employées dans le commerce afin de vous inciter à consommer.
Notre société nous sollicite de plus en plus. On nous invite à nous endetter davantage. Et nous, pauvres consommateurs embarquons dans le bateau, de plus en plus. Chalet, VR, bateau et moto nous reviennent de plein droit! Peut-être même une 2e ou 3e voiture ou un voyage dans le Sud.
Non pas que toutes les dettes et emprunts soient négatifs. Reconnaissons qu’une hypothèque, un prêt automobile ou même un financement de meubles sont des maux parfois nécessaires lorsque la vie l’exige. Mais a t’on vraiment besoin de tout ça et le reste aussi?
La Construction : Notre Métier, Notre Industrie
Selon les statistiques de l’année 2008 de la Commission de la Construction du Québec, 15 331 salariés actifs dans le métier d’électricien. De ce nombre, 9500 étaient qualifiés compagnons et 5831 apprentis. En moyenne, ils auront respectivement 1199 heures et 1057 heures. On est loin du plein emploi, à l’année, qui est de 1840 heures, vacances et congés exclus. Le travailleur devrait donc en budgéter en conséquence soit, pour un compagnon, 44,063 $ et pour un apprenti, 25,218 $.
Dans cette industrie, tous métiers et occupations confondus, la moyenne d’heures travaillées est de 947 heures. Pire, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que 42,5 % des travailleurs ont enregistré moins de 500 heures! Plusieurs employés permanents font beaucoup plus d’heures que la moyenne et, par conséquent, une bonne part des autres ouvriers disponibles travailleront très peu.
La Crise financière et économique
Les grands joueurs financiers de ce monde, on le voit bien, ont un appétit insatiable et féroce pour l’argent. C’est, entre autres, ce qui a précipité la crise économique de 2008. Heureusement, au Canada, nous avions refusé de déréglementer le secteur bancaire.
Par contre, notre industrie manufacturière, déjà affaiblie par la compétition asiatique, a été drôlement malmenée par la récession mondiale qui s’est ensuivie. Production en baisse, pertes d’emploi, faillites et concessions syndicales sont malheureusement devenues notre quotidien.
Le Crédit facile
Après la récession des années » 90, on aurait pu croire que la sagesse nous aurait incités à épargner davantage et réduire notre consommation générale. Eh bien, non! Au 3e trimestre de 2009, l’épargne des Canadiens avait reculé de 4 % comparée à la même période de 2008. Et notre endettement personnel avait progressé de 10 % en un an. Il semblerait que l’épargne n’a plus la cote comme réserve financière ou que la crise économique nous force à vider le bas de laine. Peu importe la façon d'analyser ces données, un fait demeure : les travailleurs n'ont jamais nagé dans un tel océan de dettes.
Selon Claire Harvey d'Option Consommateurs, « Ce qu'on observe sur le terrain, c'est que les propriétaires ont de plus en plus de misère à boucler leur budget. » Plusieurs propriétaires sont déjà à la limite de leur capacité d'emprunt, et le moindre changement dans leur situation financière risque d'entraîner des effets catastrophiques. Avec la hausse des taux déjà entamée, Option consommateurs « s'attend à ce que de plus en plus de ménages se retrouvent dans une situation précaire ».
Les Conséquences
Un sondage à échantillonnage restreint effectué auprès des Représentants et Directeurs de la FIPOE semble indiquer que beaucoup de nos membres sont affectés par le surendettement. Selon les régions, le pourcentage varie de « presque tous » à 10 %. La moyenne se situerait à près de 40 %.
Dans le même sondage, plusieurs ont indiqué avoir constaté des conséquences sociales désastreuses : Troubles familiaux, anxiété, stress, individualisme, suicide, séparations, alcoolisme et solidarité absente se joignent à l’obligation d’avoir deux salaires et un emploi à l’année pour boucler le budget.
Syndicalement, nous sommes également affectés. La tolérance accrue de nos travailleurs au non-respect de la convention collective et l’insatisfaction des choix de référence au placement peuvent être reliées à la précarité entrainée par un endettement chronique. Et que dire de la progression du travail au noir...
Les pistes de solution
Un survol des différents sites internet consacrés au crédit à la consommation nous offre différentes possibilités. Certains syndicats offrent, en aval, de l’aide au surendettement. La prévention y est aussi adressée, mais très peu diffusée. Un travail soutenu d’éducation syndicale devrait également être au rendez-vous. Il est peut-être de notre ressort de fournir des ressources et des outils d’éducation économique pour nos membres.
Claude Leclerc est représentant à la FIPOE
Cet article est un résumé succinct du travail effectué lors de son passage au Collège FTQ
En complément : La revue relation a publié au mois de novembre un numéro sur l’endettement.

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