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Santé & Sécurité

Le vendredi 31 octobre 2008 – Elle surprend, elle choque, elle indigne; mais que nous dit-elle au fond cette fameuse publicité de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) actuellement diffusée sur plusieurs chaînes de télévision?

Au cours des cinq dernières années, les accidents de travail causés par le dégagement intempestif d’une source d’énergie ont fait 26 139 victimes, soit 5 228 accidents de ce type en moyenne par année. Pour les travaux de construction, ce sont 1 764 travailleurs et travailleuses qui sont concernés pour la même période. 


Un choix esthétique inutile
«Bien sûr qu’elle (la publicité) nous saisit… Mais au-delà de la mise en scène, le message véhiculé reste à un niveau primaire: on ne fait que constater une situation, de commenter François Patry, directeur de la santé et de la sécurité du travail à la FTQ-Construction. Ce n’est pas parce qu’une publicité est choquante qu’elle est convaincante. À la FTQ-Construction, nous prétendons que cette publicité, par son choix «esthétique», détourne le véritable problème d’une réelle prévention quant aux procédures de cadenassage1

Outre l’effet de surprise et le dégout, il ne se passe rien avec cette publicité. Pour seule indication, il est mentionné à la toute fin: «Cadenassez. Ma vie est en jeu.» Très bien, mais encore… Qui doit cadenasser? Suis-je concerné par le cadenassage? Quand doit-on cadenasser? Où doit-on le faire? Qui remet les cadenas? Quel type de cadenas doit-on utiliser? Existe-il une procédure? Est-ce toujours la même?

«Ce qu’on s’explique plutôt mal, c’est que la CSST ait choisi le cadenassage pour parler de prévention en milieu de travail dans une publicité à très large diffusion. Ça ne fait pas de sens considérant le débat qui sévit actuellement à ce sujet. La thématique est carrément inopportune», souligne François Patry.

Une procédure de cadenassage unique
La situation est un véritable casse-tête: lorsque les établissements appliquent une procédure, ils le font à leur façon, une sorte de recette maison… Cette situation est cependant invivable dans l’industrie de la construction, considérant que les travailleurs changent d’employeur assez régulièrement et qu’ils fréquentent un chantier différent en moyenne tous les deux mois.

C’est pourquoi, il y a maintenant une dizaine d’années, le Comité de révision du Code de sécurité pour les travaux de construction a mandaté un sous-comité pour élaborer une procédure de cadenassage unique qui serait appliquée à tous les chantiers.

Largement plus sécuritaire, cette mesure viserait à faire véritablement de la prévention, en ce sens où les travailleurs seraient à même de dénoncer une méthode de travail non sécuritaire qui leur serait imposée impunément et de revendiquer leur droit en toute connaissance de cause.

Le bât qui blesse
Après sept ans de travaux, un consensus entre les parties (patronales et syndicales) se dégage autour d’une procédure. C’était il y a trois ans. À ce jour, cette procédure n’est toujours pas appliquée…

Si les parties s’entendent au sous-comité, les mêmes représentants de la partie patronale au sein du Comité de révision du Code s’opposent à la mise en application de la procédure. En d’autres mots, tout le monde sait comment faire de la prévention efficace en matière de cadenassage pour que cessent ces accidents, mais politiquement, les employeurs mettent le frein quand vient le temps de se donner les moyens de le faire.

Une campagne publicitaire qui va à l’encontre du gros bon sens
L’aberration de cette publicité réside dans le fait que la CSST cherche à faire de la «prévention» dans un dossier où les moyens nécessaires pour le faire convenablement et efficacement sont bloqués.

Pour bâtir une campagne de sensibilisation, il y une démarche logique à respecter: On réglemente, on publicise le règlement, on le fait connaître aux individus concernés et on s’assure que chacun est au fait de la situation et de sa responsabilité. Puis, on fait appliquer le règlement. Sans avoir franchi ces étapes, on ne peut pas commencer à parler véritablement de prévention.

Dans le cas de cette publicité sur le cadenassage, la CSST avance à reculons et se cache derrière une «publicité choc», qui n’a de réelle portée que l’écœurement que l’on a en la regardant. Il n’y a aucune mention quant à la responsabilité de chacun des intervenants, soit travailleurs et employeurs, pourtant tous présents dans la publicité. Ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres qui y est illustré, sans aucune solution concrète autre que celle de «mettre un cadenas». C’est assez simpliste pour un débat qui prévaut depuis de nombreuses années.

«À la FTQ-Construction, nous sommes d’avis que cette publicité rate complètement son objectif. Elle ne fait pas avancer le dossier et laisse sous-entendre que la responsabilité relève uniquement des travailleurs», conclut M. Patry. Or, comme dans toute situation relative à l’organisation du travail en matière de santé et de sécurité du travail, «la responsabilité est ici collective et concernent les différents échelons de la hiérarchie des entreprises et surtout ceux qui ont le pouvoir d’imposer les choix qui sont faits en matière de normes de productivité et de conditions de travail.»

MM/

Cliquez ici pour visionner les deux publicités de la CSST sur le cadenassage :
- Vidéo 1
- Vidéo 2


1 Cadenassage: «l’ensemble des actions qui permettent de mettre et de maintenir hors d’état de fonctionner, si possible par un moyen physique, un équipement ou une machine de façon à ce qu’un changement d’état de l’équipement ou de la machine, tel sa remise en marche, la fermeture d’un circuit électrique, l’ouverture d’une vanne, la libération de l’énergie emmagasinée ou le mouvement d’une pièce par gravité, ne puisse survenir sans l’action volontaire de toutes les personnes exposées au danger.» - Document de consultation sur le projet de modification réglementaire cadenassage, Comité multisectoriels cadenassage, CSST, 2 août 2007.

 


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