Historique
Histoire de la FTQ Construction
par Richard Goyette
Les conditions historiques qui ont procédé à l’avènement de la FTQ-Construction sont les mêmes que celles qui ont mené à la mise en place de l’ensemble des institutions démocratiques et sociales qui caractérisent aujourd’hui le Québec.
200 ans de luttes ouvrières
Nous ne croyons pas que ce soit l’effet du hasard si les comités d’action syndicale choisissaient, en ce début d’année du 25ème anniversaire de notre association, le thème «La FTQ-Construction, encore et toujours dans l’action». Le court historique que nous vous présentons démontre que la FTQ-Construction aura été et demeure la seule association représentative qui, au-delà de la gestion quotidienne des relations du travail, est porteuse de projets d’avenir.
S’il est vrai que la FTQ-Construction est née officiellement à la fin de l’année 1980, la gestation fut longue. Il faut remonter près de deux siècles en arrière afin de bien comprendre les fondements de notre motivation et le pourquoi de nos objectifs. Car ceux qui, à l’époque, ont tracé le chemin et posé, les premiers, les jalons de l’histoire du mouvement ouvrier avaient déjà cerné l’essentiel des principes fondamentaux qui nous animent encore aujourd’hui.
Les syndicats de la construction au
XIXème siècle
Parmi les premiers syndicats ouvriers à se créer au Québec, on retrouve ceux de la construction. Déjà actifs dans la première moitié du XIXème siècle, les syndicats de la construction, où les ouvriers du bâtiment non encore regroupés en syndicat, sont principalement préoccupés par des questions relatives à la santé et la sécurité du travail, les horaires de travail et la question nationale. Le 5 février 1833, les charpentiers et les menuisiers tiennent une importante réunion à Montréal, rue Saint-Laurent. On adopte une résolution à l’effet qu’il est de «l’opinion de cette assemblée que la longueur extrême des journées de travail… est une injure à la santé». Bien que la lutte qu’ils entreprennent alors ne leur octroie pas les gains escomptés, elle aura au moins permis de donner le coup d’envoi à un mouvement qui ne cessera de prendre de l’ampleur avec le temps. Bientôt reprise par de nombreux autres groupes, dont les maçons et les tailleurs de pierre la revendication relative à la réduction des heures de travail se généralise.
En 1834, naît, sur l’initiative des charpentiers-menuisiers, le premier ancêtre d’une centrale syndicale au Canada. Cette nouvelle association, l’Union des métiers de Montréal, permet de mettre en commun leurs acquis, leur savoir et leur rapport de force. La même année, le Québec, alors dénommé le Haut-Canada, est en effervescence politique. La population endosse un long cahier de revendications constitué à l’encontre des gestes posés par le gouvernement colonial britannique. Ces revendications sont regroupées dans un document qui passera à l’histoire sous le nom des «92 Résolutions». Elles visent notamment l’obtention d’un gouvernement qui réponde de ses actes devant la chambre : le gouvernement responsable. Le pouvoir en place refuse de donner suite aux revendications de la colonie en opposant une fin de non-recevoir. L’obstination des Britanniques à refuser de remettre entre les mains du pouvoir politique local les prises de décisions mena directement au soulèvement de 1837 et 1838.
Or, l’Union des métiers de Montréal appuie ce cahier de revendications. Dans les faits, cela place les syndicats de métiers du bâtiment au premier rang des syndicats à avoir participé au débat politique au Québec et au Canada. Plus particulièrement, cela fait aussi d’eux ceux qui auront œuvré à l’instauration d’un régime politique démocratique au pays.
Au début des années 1840, ils sont 2 500 à Beauharnois et 1 300 à Lachine à creuser, au pic et à la pelle, les canaux. L’horaire de travail est de 12 heures par jour. On débute les travaux à 6 heures le matin et on les termine à 6 heures le soir. La semaine normale totalise 6 jours de travail. Parmi ces travailleurs, certains doivent débuter les travaux à 4 heures et les poursuivre en soirée jusqu’à 7 ou 8 heures. Subitement, le 24 janvier 1843, le salaire journalier est coupé du tiers. Les travailleurs déclenchent la grève. De revendications ouvrières à promesses patronales non tenues, la lutte se poursuit et atteint son point culminant à l’été. Le 11 juin 1843, l’armée fait feu sur les grévistes. On compte 20 morts et 40 blessés chez ceux qui exercent des moyens de pression. Mais les travailleurs n’abandonnent pas pour autant. La lutte entreprise par les travailleurs de la construction se soldera par une victoire : ils récupèrent leur salaire.
La deuxième partie de ce siècle verra évoluer le mouvement syndical de manière importante. L’abolition de l’esclavage aux États-Unis aura une influence directe sur l’organisation ouvrière dans ce pays. En effet, comment est-il possible pour un salarié de concurrencer un esclave. L’essor des syndicats américains fit sentir l’attrait d’une affiliation dès cette époque puisqu’en 1863, un premier syndicat montréalais, regroupant les mouleurs de fonte, s’affilie à un syndicat « international » bientôt suivi de plusieurs autres. Le coup d’envoi est lancé et durant les 100 années à venir, ces syndicats connaîtront une croissance constante.
Autre événement spécifique au secteur de la construction: le débrayage des journaliers affectés aux travaux des édifices parlementaires à Québec, en 1878. La manifestation est due à une baisse de salaire de 10 cents par jour alors que les ouvriers voient leur salaire passé de 60 à 50 cents. « C’en est trop! » et voilà 1000 journaliers, brandissant le drapeau bleu, blanc et rouge de la France, qui marchent sur le parlement. Après la proclamation de la Loi de l’émeute, l’armée intervient et fait feu sur les manifestants. Parmi la foule, un manifestant est atteint mortellement.
On ne peut quitter le XIX siècle sans traiter de trois événements marquants. Deux demeurent significatifs encore aujourd’hui pour le monde ouvrier en général et un autre, pour les syndicats de la construction en particulier.
Le premier de ces événements date de 1872 alors que le gouvernement fédéral reconnaît que l’action des syndicats n’est plus sujette au droit criminel. Jusque là, la pratique syndicale est considérée comme illégale dans la mesure où elle limite la liberté de commerce. Les travailleuses et les travailleurs, se regroupant en coalition et exerçant des moyens de pression contre une entreprise, viennent restreindre la liberté de commerce commettant ainsi un acte criminel au sens du Code. En amendant le Code, de manière à décriminaliser certaines pratiques syndicales, le gouvernement fédéral prend cependant bien soin d’introduire une nouvelle disposition permettant de condamner un ouvrier ou une ouvrière pour les gestes de violence ou d’intimidation qu’il peut poser au cours d’une campagne de syndicalisation ou durant un conflit collectif. Ces mesures ne peuvent surtout pas être assimilables à une reconnaissance syndicale.
Même sans reconnaissance juridique de leur statut de syndicat et tout en étant conscientes de la portée mitigée des contrats de travail, qui ont pourtant été obtenus de hautes luttes, les organisations syndicales ne limitent pas pour autant leurs revendications.
Le second événement, duquel vont en découler plusieurs autres, est la mise sur pied de la « Commission d’enquête sur les relations entre le capital et le travail au Canada » en décembre 1886. Les auditions de la Commission révèlent le sort réservé aux hommes, aux femmes et aux enfants. On y traite du travail le dimanche, des cadences de travail infernales, des horaires démesurés, des amendes imposées aux employés en raison de retard ou de perte de matériel causée par une erreur de fabrication, des amendes qui peuvent même dépasser le salaire du travailleur, sans oublier les cachots, autre mode de répression dont l’usage est permis à l’époque. La Commission met ainsi à jour l’ensemble de mesures permettant aux employeurs de favoriser l’accroissement du capital au détriment des travailleuses et des travailleurs. Bien qu’indirectement parfois, car nos lois du travail sont de compétence provinciale et que la Commission est de compétence fédérale, les révélations faites devant la Commission serviront à faire évoluer le droit de travail et les rapports qui s’en suivirent (un patronal et un autre syndical, est-ce surprenant?) mèneront, avec le temps, à la reconnaissance syndicale, à la réduction de la semaine et de la journée de travail et, en 1909, à l’adoption de la première Loi sur l’indemnisation des victimes d’accidents du travail i.
Enfin, le troisième événement marquant, car il est un des éléments déterminants dans le développement historique du syndicalisme dans le secteur de la construction au Québec et, comme on le verra plus particulièrement dans l’avènement de la FTQ-Construction, se produit sur plusieurs années dont le début se situe en 1892 et se termine en 1903.
En 1892, à l’instigation de la Fraternité de peintres et décorateurs d’Amérique, affiliée à l’« American Federation Of Labour » (AFL), les syndicats du bâtiment fondent à Montréal le Conseil des métiers de la construction, créant une crise majeure dans la structure syndicale au Québec. Par ce geste, ils se dissocient du Conseil central des métiers et du travail de Montréal. Pendant plusieurs années, parfois en état de conflit ouvert et parfois en réconciliation, cette situation va perdurer jusqu’à ce qu’en 1897 les unions internationales fondent le Conseil fédéré des métiers et du travail de Montréal et deviennent sous la gouverne du Président du Local 134 des charpentiers-menuisiers, l’association syndicale la plus représentative pour les travailleurs du bâtiment à l’époque. L’AFL émet une charte au nom du Conseil et au congrès de 1902 une résolution est adoptée à l’effet de ne reconnaître qu’un seul Conseil par ville pour représenter les métiers et affirme l’unique reconnaissance d’une union, dans la mesure où elle prévoit l’élimination d’un syndicat concurrent. Comme on pourra le voir plus loin, cette résolution aura des répercussions importantes lors de la création de la FTQ-Construction puisque les principes idéologiques qui sous-tendent cette résolution auront traversé le cours du temps.
Nous laisserons ici, le XIXème siècle en gardant cependant en mémoire que dès le début de leur existence, les syndicats de la construction ont fait leur des valeurs qui encore aujourd’hui caractérisent la FTQ-Construction. En premier lieu, les luttes menées afin d’assurer aux travailleurs que nous représentons des conditions de travail qui respectent leur santé, leur sécurité et leur intégrité physique. Dans un second temps, assurer à chacun d’eux une juste rémunération et des conditions de travail décentes dont notamment un horaire de travail normal. Dans un troisième temps, ils auront innové en mettant en place une structure qui regroupe des syndicats affiliés dans le but évident de partager des objectifs communs, de mener des luttes communes et d’accepter que, malgré des nécessités et des exigences propres à chacun de nos métiers ou de nos occupations, nous fassions partie d’une grande famille ouvrière. Enfin et au-delà de toute question reliée au travail, les syndicats de la construction auront de tout temps, participé à l’essor d’une société libre, démocratique et d’affirmation nationale.
La FTQ-Construction avant la
FTQ-Construction
Lorsque naît la FTQ-Construction à l’automne 1980, on peut dire qu’elle existe déjà depuis de nombreuses années. Si cette affirmation peut paraître surprenante au départ, dans les faits elle s’explique assez facilement. En effet, des sections locales qui formeront la FTQ-Construction bon nombre sont déjà existantes. Les directions syndicales, les comités exécutifs et les représentants syndicaux sont déjà en poste. Mais, ils sont affiliés au Conseil provincial des métiers de la construction qui lui-même est affilié à la FTQ. Il faut donc revenir légèrement en arrière afin de jeter un regard sur ce début de XXème siècle et d’en donner un bref apperçu, permettant de mettre en lumière les principales conditions ayant procédé à l’avènement de la FTQ-Construction.
L’industrialisation, la deuxième guerre mondiale notamment, renforcit chez les travailleurs de la construction, la tendance qu’a connu le XIXème siècle à savoir que les travailleurs de la construction joignent principalement les syndicats de métiers et, par conséquent, militent au sein des unions internationales. D’autre part, la reconnaissance et la valorisation du métier ou de l’occupation, l’exercice de son art et la tradition ont favorisé l’émergence de syndicats de métiers dans un contexte nord-américain, ce qui est d’ailleurs une particularité non seulement en Amérique, mais aussi dans le monde. Sur le plan factuel, un nombre considérable de luttes ouvrières du début du siècle sont largement menées par des travailleurs regroupés traditionnellement dans des syndicats de métier, dont ceux de la construction. Les travailleurs avaient, d’autre part, trouvé un avantage certain à se regrouper au sein d’une association syndicale composée de d’autres syndicats : le Conseil de métiers. Il semble d’ailleurs que cela soit constant puisque les premiers syndicats de la construction sont des « unions de métiers » et qu’encore aujourd’hui près de 75% des travailleuses et des travailleurs de la construction vont choisir d’adhérer à ce type de syndicat plutôt qu’à un syndicat industriel. Mais dans les années 1950 et au début des années 1960, ces syndicats sont souvent dominés par des directions anglophones. L’éveil de l’affirmation nationale qui recommence à éclore au Québec et qui se développe par la suite à une vitesse fulgurante, dans les milieux ouvriers de la construction comme ailleurs, a des conséquences majeures sur la suite du développement de la représentation syndicale et plus particulièrement se traduit par la réappropriation du pouvoir syndical par les premiers intéressés.
Lors de l’adoption de la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction (L.Q. 1968 c. 45)ii , le 18 décembre 1968, le gouvernement du Québec reconnaît à titre d’association représentative :
« la Fédération des travailleurs du Québec, à l’égard du Conseil provincial des métiers de la construction, des conseils des métiers de la construction et des syndicats qui leur sont affiliés; » iii.
Tout au long de l’histoire de cette « FTQ-Construction », qui porte un autre nom (Conseil provincial des métiers de la construction iv ), les luttes seront menées au sein de la FTQ. Cette FTQ-Construction de l’époque, à laquelle tous les syndicats sont affiliés aux unions internationales, participe à toutes les activités de la FTQ. Elle siège au bureau de la FTQ, elle participe aux instances de la centrale, elle envoie une forte délégation à chaque congrès de la centrale. « Elle » est de toutes les luttes menées par la FTQ. Pour donner quelques exemples, nous pensons notamment à la célèbre manifestation de « La Presse » le 29 octobre 1971 au soutien des typographes de la section locale 145, la lutte pour l’indexation (1971 à 1974), la manifestation de soutien à l’ensemble du mouvement ouvrier en octobre 1974, la lutte que mène le syndicat des Travailleurs Canadiens de l’automobile (TCA) contre la United Aicraft (aujourd’hui Pratt & Whitney) pour la reconnaissance syndicale et qui aboutira à la violente manifestation du 12 mai 1975 à laquelle la FTQ-Construction participe, on ne peut plus activement. Le décompte des manifestations, grèves, luttes auxquelles la FTQ-Construction prête ses bénévoles afin que les lignes de piquetage ne soient pas défoncées par les briseurs de grève et les fiers-à-bras patronaux, que les manifestants ne soient pas molestés ou dans le but d’assurer une protection physique à des « leaders » syndicaux de petits syndicats ou de syndicats qui ne sont ni armés ni habitués à faire face aux coups de main patronaux sont innombrables.
À l’interne du secteur de la construction, cela se traduit par diverses luttes menées par ses syndicats qui obtiendront la reconnaissance d’un régime juridique de relation du travail spécifique. Ce régime particulier découle principalement d’une part du développement des unions de métiers, doublé d’une particularité québécoise en matière de relations du travail : la convention collective extensionnée en décret. Ces deux spécificités vont mener à un mode de négociation centralisé par lequel, ultimement, les conditions de travail, fixées dans une entente, deviennent, à la fin de ce processus, des dispositions d’ordre public. Cela a pour but d’exclure toute forme de concurrence déloyale et d’assurer l’application de conditions de travail uniformes. Il faudra cependant que les syndicats de la construction mènnte une autre lutte afin de voir l’ensemble des dispositions du décret de la construction s’appliquer de manière uniforme pour l’ensemble du territoire du Québec. La négociation de 1973 est dominée en partie par la revendication permettant à chaque travailleur de la construction de toucher la même rémunération, peu importe la région où il travaille.
Parmi les autres importantes victoires qu’obtiendront les travailleurs de la construction dans le cadre de ce régime, notons principalement un fonds de retraite et un régime d’assurance exclusifs en Amérique du Nord et qui font encore aujourd’hui l’envie de nos voisins canadiens ou américains dans la mesure où les contributions et les cotisations sont rattachées au salarié et non à l’employeur. Il faut aussi souligner la mise en place d’un régime de formation professionnelle tout aussi unique et faisant cette fois l’envie de l’ensemble des pays industrialisés, de même que l’instauration de conditions de travail s’appliquant de façon uniforme sur l’ensemble du territoire.
Parmi les autres luttes dans lesquelles s’engagent les travailleurs de la construction, soulignons la lutte pour l’indexation des salaires. Elle occupera l’avant-scène des relations du travail durant toute l’année 1974. Ce n’est qu’au début de 1975 qu’un règlement interviendra entre les parties, accordant un réajustement des salaires pour les salariés de la construction.
Alors que les relations du travail sont pour le moins tendues entre syndicats, employeurs et gouvernement, se manifeste un nouveau contentieux opposant les syndicats locaux à leur « maison-mère » aux États-Unis. De nombreux différents surgissent et conduisent plusieurs syndicats de la construction, soit à se distancer de leur international, soit à couper tous liens avec ce dernier. Alors qu’un « vent » de canadianisation a soufflé sur le pays dans les années 1950, le Québec connaît, à cette époque, un important essor de son sentiment d’affirmation nationale qui se traduit à divers niveaux dans l’ensemble des milieux de la société québécoise.
C’est dans ce cadre historique que se matérialise l’effritement de la réalité canadienne-française se percevant comme minorité au profit d’une nation québécoise s’imposant comme majorité. Non seulement la « Révolution tranquille » dote le Québec d’instruments spécifiques à l’édification de son développement économique, dont la Caisse de dépôt et de placement du Québec, la Régie des rentes du Québec, le Conseil d’orientation économique, la Société générale de financement et autres SOQUEM, SOQUIP, SIDBEQ, mais de plus, les diverses institutions sociales mises en place par les gouvernements successifs répondent aux attentes des Québécois et dans les faits, les déterminent, les caractérisent et les distinguent encore plus des autres Canadiens. Globalement, il s’agit d’une autre période qui réaffirme les spécificités du Québec.
Syndicalement, cela se traduit par une quête d’autonomie plus grande de la part des directions syndicales des sections locales québécoises. D’autant plus que l’argent acheminé aux États-Unis, siège social des syndicats internationaux, ne donne pas le rendement escompté sur l’investissement. Bien sûr, la solidarité ouvrière oblige parfois à partager avec les plus démunis. Mais force est de constater que les plus démunis sont de ce côté-ci de la frontière. De plus, bon nombre ne se retrouvent plus dans les modes du syndicalisme américain. Le contenu des congrès ne nous ressemble pas. Alors qu’au Québec, les débats portent sur des questions qui nous sont propres, il faut bien comprendre que les lois, les règlements et tout ce qui appartient à notre monde du travail, ne sont pas partagés par nos voisins canadiens ou américains. La nouvelle génération de représentants syndicaux ne s’y retrouve tout simplement pas.
Les premiers à revendiquer cette autonomie sont les opérateurs de machinerie lourde qui créent l’Union des opérateurs de machinerie lourde (section locale 791) en 1971, les électriciens qui mettent en place la Fraternité inter-provinciale des ouvriers en électricité (FIPOE) et les monteurs de lignes avec leur Fraternité provinciale des ouvriers en électricité (FPOE) en 1972. Ceux-là en ont assez des «diktats» de Washington ou autres américains. À la tête de ces syndicats, où oeuvrant au renforcement d’une structure syndicale québécoise on retrouve de jeunes représentants dynamiques qui ne sont pas encore véritablement connus à l’époque. Ce sont des Jean Lavallée, Yves Paré, Jean-Paul Rivard et combien d’autres. Même la direction du Local 144 des plombiers crée l’Association unie des ouvriers en tuyauterie du Québec, le 8 décembre 1972, une union provinciale non affiliée à un syndicat international. À l’époque le Conseil provincial des métiers de la construction avait même modifié ses statuts afin de reconnaître l’affiliation d’un syndicat non affilié à une union internationale.
De la Commission Cliche au
«maraudage» de 1975
Puis, coup de tonnerre dans le ciel de la construction! Dans la foulée du « saccage de la Baie-James », le gouvernement provincial « libéral » met sur pied la commission d’enquête sur les libertés syndicales dans l’industrie de la construction. Au-delà de tout ce qu’on aura pu dire sur la « Commission Cliche », ce qui demeure certain, c’est que cette dernière aura permis de museler les syndicats tout en renforçant le pouvoir patronal. Les commissaires n’ont pas osé s’attaquer aux vrais corrupteurs. Au moment où les auditions se terminent, un grand pan de l’enquête n’a pas eu lieu : le gouvernement et les patrons s’en sauvent à bon compte.
Discrédité par les médias, mis au banc de l’opinion publique, parfois même boudé par le milieu syndical que la FTQ-Construction avait pourtant largement aidé, il n’est pas toujours de bon ton pour certains, plus sensibles à leur image qu’à la solidarité, de se montrer avec ceux qui sont devenus des parias. Certains pourtant ne broncheront jamais. Louis Laberge, en tête, demeure fidèle aux syndicats de la construction. Bien sûr, face aux faits mis en évidence, la FTQ et son Président ne peuvent rester insensibles à la situation. Mais Louis Laberge a très bien compris que la Commission Cliche cache autres choses.Il faudra bien le dire publiquement que cette dernière n’a pas mis en lumière toutes les tractations patronales et gouvernementales qui ont procédé à faire du secteur de la construction ce qu’il est devenu en partie. Elle n’a pas véritablement mené à terme ce pourquoi on l’avait mandatée.
Lors du congrès de la FTQ en 1975, c’est de la manière suivante que le président, Louis Laberge, s’adresse aux congressistes :
« Nous reconnaissons qu’il y a eu des abus et qu’un nettoyage, pour ne pas dire un décrottage, était nécessaire. Mais sous prétexte d’éliminer du secteur une poignée de représentants syndicaux aux pratiques inacceptables et condamnables, la commission a tout simplement proposé de briser la force syndicale des travailleurs de la construction. De plus, elle s’est attaquée aux corrompus mais pas du tout aux corrupteurs » v.
Les faits donnent raison à Louis Laberge. Plusieurs recommandations du rapport de la Commission visent à accroître les conditions de santé et de sécurité au travail sur les chantiers. On ne donnera pas suite à l’ensemble des mesures préconisées, ce qui aura pour effet de priver le régime de sst de son principal moteur : la responsabilisation de l’organisation du travail. Or, deux personnages politiques importants font partie du scénario. Des trois commissaires de la Commission d’enquête, l’un est Guy Chevrette. Quant au procureur de la Commission, il s’agit de Me Lucien Bouchard. Comme on le sait, l’un sera ministre et l’autre Premier ministre du Québec. Pourtant, ni l’un ni l’autre, au moment où ils représentent le pouvoir politique, n’auront le courage de mener plus avant leur quête de « démocratie ». 25 ans après l’adoption de la Loi sur la santé et de la sécurité au travail, les dispositions spécifiques au secteur de la construction ne sont toujours pas en vigueur. Pourtant, ces dispositions découlent directement des recommandations de la «Commission Cliche». Quant au règlement sur les conditions de vie sur les chantiers, malgré un rapport unanime patronal et syndical déposé en 1982, les travaileuses et les travailleurs des chantiers éloignés attendent toujours que le gouvernement se préoccupe d’eux. Louis Laberge avait doublement raison.
Par un curieux hasard, ce XIVème congrès de la FTQ porte justement sur la santé et la sécurité au travail. Après un long processus de consultation et de réflexion au sein de la FTQ, le congrès dispose du document « Le contrôle des travailleurs sur leur santé ». La plate-forme de revendications entérinées par le congrès se veut la réponse de la FTQ afin de civiliser les milieux de travail. Dans la construction, on compte une moyenne de 55 décès annuellement. À l’époque, l’industrie de la construction emploie 4% du total de la main-d’œuvre active, elle totalise pourtant 18% des décès. Le tribut est lourd. Les délégués des syndicats de la construction qui participent au congrès appuient massivement les revendications de la FTQ. Ainsi, lorsque Louis Laberge s’adresse au congrès, il est très conscient des questions et des enjeux qui gouvernent l’industrie de la construction. Il l’aura d’ailleurs toujours été.
L’année 1975 voit un autre important événement survenir dans le secteur de la construction. La FTQ-Construction doit faire face à une campagne d’adhésion syndicale. Dans un tel contexte, le gouvernement libéral, toujours aussi «démocratique» quand il s’agit des lois du travail vi, a modifié la Loi sur les relations de travail dans le but évident de priver la FTQ-Construction de sa représentativité et lui faire perdre son rôle de négociateur. Le décompte du vote, afin de déterminer le pourcentage de représentativité d’une association représentative, se fait de manière suivante : on divise le nombre de votes exprimés par le nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale. Il s’agit d’une atteinte délibérée aux principes les plus élémentaires de la démocratie. Mais c’est sans compter sur la solidarité, l’intelligence et la combativité des travailleurs de la construction. À cette occasion, plus de 93 000 travailleurs de la construction exercent leur droit de vote et accordent leur appui à la FTQ-Construction dans l’ordre de 50,5%. Sur le nombre de votes exprimés, la FTQ en récolte 70,4%. Non seulement, les travailleurs sont demeurés au sein de la FTQ, mais cette dernière accroît sa représentativité de 2%.
Les travailleurs de la construction ont compris qu’au-delà de la campagne de dénigrement bien orchestrée par le gouvernement libéral, l’immense majorité des représentants syndicaux et des syndicats de la construction livrent la marchandise. Car les gouvernements auront beau s’acharner à discréditer les syndicats, ceux qui oeuvrent sur les chantiers savent que, pour soulager leur misère, le pouvoir politique ne peut leur offrir que des solutions administratives. Et que peuvent des solutions administratives face à l’insécurité physique, à l’insécurité d’emploi, à l’investissement anarchique qui ne cesse de créer des états de crise dans l’emploi. Et que peuvent donc ces solutions de demi-mesure proposées par ce gouvernement? Ces expédients, soumis aux influences du « copinage » et des « lobbys », que peuvent-ils pour solutionner les véritables préoccupations des travailleurs de la construction? Les travailleurs savent pertinemment que le gouvernement ne ressuscite pas leurs confrères morts, n’accorde pas aux autres, blessés au travail, un traitement équitable, blâme les bureaux de placement syndicaux, mais ne s’occupe pas de créer véritablement de l’emploi. Les 7, 8 et 9 novembre 1975, le gouvernement libéral reçoit une réponse sans équivoque des travailleurs de la construction et, forte de ce mandat populaire, la FTQ-Construction se présente seule à la table de négociation.
Un gouvernement nationaliste
et social démocrate au pouvoir
Dans la soirée du 15 novembre 1976, la radio de Radio-Canada, fait entendre sa traditionnelle annonce des soirs d’élections :
Radio-Canada prévoit, si la tendance persiste, que le prochain gouvernement du Québec sera un gouvernement majoritaire du Parti québécois. Cette annonce est faite à huit heures quarante et une minutes. Je répète, Radio-Canada prévoit, si la tendance persiste… vii
Le Québec porte au pouvoir le Parti québécois. Dans ce que nous appelons aujourd’hui son premier mandat, ce gouvernement, dont René Lévesque a pris la tête, procède à une seconde «Révolution tranquille».Modifications aux lois du travail, dont l’inclusion dans le Code du travail des mesures anti-briseurs de grève, introduction de la formule Rand, modifications portant sur le processus d’accréditation, etc. Il procède aussi à l’adoption de diverses lois du travail où à incidence sur les milieux de travail, dont la Loi sur les normes minimales du travail, la Loi sur la santé et la sécurité du travail, la Charte de la langue française qui consacre le français comme langue de travail. Enfin, l’adoption de d’autres lois sociales qui, sans être spécifiquement liées au travail, ont une large incidence sur la population, dont : la Loi sur l’assurance-automobile et la Loi sur le zonage agricole.
Ces lois n’ont cessé d’être attaqué ou mis à mal au cours des ans. Le champ d’application de la Loi de la construction ne cesse d’être réduit sous de faux prétextes économiques. Les dispositions de la Charte sont constamment attaquées devant les tribunaux et la Cour suprême du Canada est à la vider complètement de son sens. Les articles de la Loi sur la santé et la sécurité du travail portant sur les chantier de construction ne sont toujours pas en vigueur 26 ans après leurs adoptions en raison d’un manque de courage évident des pouvoirs politiques. Tant qu’aux victimes de lésions professionnelles, ils ont vu la législation être modifiée de nombreuse fois et ce, toujours en leur défaveur.
Mais la FTQ-Construction ne lâche pas prise. D’ailleurs sans les incessantes luttes qu’elle mène la réalité serait beaucoup plus noire. En fournissant un appuie a ses syndicats affiliés, en mettant à la déposition des représentants des services spécialisés, elle parvient à surmonter toutes les difficultés et rendre coup pour coup.
De plus, bien que ce gouvernement se soit fait élire sur le thème de se vouloir «un bon gouvernement» il n’en demeure pas moins qu’il est nationaliste et vise à faire du Québec un état souverain. Au sein de ce qui est à l’époque la FTQ-Construction ces mêmes débats animent les membres. Les directions syndicales sont prêtes à assumer l’ensemble des pouvoirs politiques qui leur échoit par la volonté populaire de leurs membres.
L’histoire est en marche.
Naissance de la FTQ-Construction
Le 4 décembre 1980, le gouvernement du Québec sanctionne la Loi modifiant la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction et concernant la représentativité de certaines associations représentatives (L.Q., 1980 c. 23).
Cette Loi reconnaît deux nouvelles associations représentatives que sont le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) et la FTQ-Construction. Dans le cadre de cette Loi, chaque syndicat affilié doit décider s’il désire joindre les rangs de la FTQ-Construction ou ceux du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) (CPQMC-I).
Nous croyons que c’est à tort que l’on interprète que seule la FTQ-Construction, telle que nous la connaissons aujourd’hui est apparue à ce moment. Plusieurs éléments militent en faveur de cette théorie.
Comme nous avons pu le constater, les actions, maintes fois entreprises par les syndicats de la construction avant le 4 décembre 1980, étaient intégrées dans le cadre de luttes qui transcendaient le seul secteur de la construction. L’appartenance des syndicats de la construction à la FTQ n’est pas à démontrer. Nous avons vu que la FTQ-Construction de l’époque participe à toutes les instances et le directeur général de la FTQ-Construction (Conseil provincial du Québec des métiers de la construction) siège à titre de vice-président de la FTQ. Les syndicats affiliés participent à l’ensemble des instances politiques de la centrale. De manière générale, on ne peut contester que cette FTQ-Construction et Conseil des métiers sont affiliés à la FTQ.
Le problème vient du fait que les syndicats affiliés à ce Conseil de métier FTQ ont une double affiliation, l’une à la FTQ, l’autre aux unions internationales. Certains syndicats désirent une simple affiliation à la FTQ, d’autres une simple affiliation à leur union internationale et enfin un troisième groupe désire conserver une affiliation à la FTQ et à son union internationale. Or, que se passe-t-il au moment de la rupture? Tout simplement que chaque syddicat affilié à cette association représentative doit choisir d’adhérer à l’une des deux nouvelles associations représentatives. Mais avant d’aller plus avant, voyons les événements qui ont mené à cette rupture.
Nous avons vu précédemment qu’au début des années 1970, plusieurs syndicats québécois se forment dans l’industrie de la construction. Il s’ensuit une guerre permanente entre le syndicat national et le syndicat international au sein du Conseil des métiers FTQ. Ce Conseil vit aussi la même division que vit la population en général sur la question nationale. Ainsi, les syndicats nationalistes sont principalement « FTQuiste » alors que les syndicats internationaux se retrouvent plus aisément dans l’idéologie fédérale. De plus, les syndicats près de la FTQ adhérent plus facilement à des valeurs sociales-démocrates alors que les syndicats internationaux sont plutôt imprégnés de conservatisme et farouchement corporatistes. À l’aube des années 1980, le Conseil des métiers FTQ-Construction est en «rupture idéologique». Dans les deux camps, on ne partage ni les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs.
C’est dans ce contexte qu’en octobre 1979, lors du congrès des métiers de la construction (Building Trades) tenu à San Diego, en Californie, qu’un syndicat affilié au Conseil des métiers FTQ-Construction fait parvenir une résolution demandant au Building Trades d’exclure d’un Conseil de métiers tout syndicat non affilié à un syndicat international. Le directeur général du Conseil des métiers FTQ, Maurice Pouliot, et son président, Guy Dumoulin, en contravention de toute règle démocratique puisqu’ils n’ont aucun mandat du Conseil des métiers FTQ d’agir de la sorte, demandent au congrès de disposer favorablement de cette résolution. Dans les faits, le Conseil des métiers FTQ se voit dans l’obligation d’expulser de ses rangs la Fraternité inter-provinciale des ouvriers en électricité (FIPOE) et le syndicat des monteurs de ligne qui pour sa part détient une charte émise directement par le Conseil du travail du Canada.
En janvier 1980, des décisions importantes doivent être prises. Le Conseil des métiers FTQ-Construction en état de crise ne tient plus d’assemblée. Si le président va au vote, c’est le désaveu et il le sait. Le Conseil doit aussi tenir son congrès en 1980. Doit-on forcer le Conseil à tenir son assemblée statutaire? Doit-on forcer le congrès? Doit-on former une nouvelle association représentative? Chacun des arguments est pesé et sous pesé. Finalement, on procède à demander au gouvernement d’amender la Loi et de reconnaître d’une part la FTQ-Construction et d’autre part le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International).
Avec l’aide de la FTQ et plus particulièrement de Louis Laberge, Robert Dean du syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile viii et Jean Guérin Lajoie du syndicat des métallos, la FTQ-Construction obtient du gouvernement de modifier la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction afin de solutionner l’impasse dans laquelle se retrouvent les syndicats de la construction. Pierre Marois, alors ministre du Travail, présente un projet de loi devant mener à la reconnaissance des deux associations représentatives et décrète qu’un vote doit se tenir syndicat par syndicat de manière à ce que chacun d’entre eux soit en mesure de déterminer son affiliation soit au Conseil, soit à la FTQ. Le vote se tient entre le 23 février et le 8 mars 1981.
Entre-temps, la FTQ-Construction trouve un allié de premier plan en la personne de Denis McDermott, le président du CTC. La lutte qui s’ouvre entre les unions internationales et les sections locales autonomistes va obliger les décideurs syndicaux à faire les choix qui s’imposent. Mais ces choix ne sont pas toujours faciles dans la mesure où la réalité syndicale n’est pas la même sur l’ensemble du territoire canadien. Or, en suspendant le «Building Trades», le CTC prend clairement position en faveur de cette réalité qui se veut propre au Québec. Mais dans les faits, elle n’est pas uniquement le propre du Québec. Elle chemine aussi dans le reste du Canada à la différence que dans le reste du pays, elle voyage plus lentement. Mais là aussi, les syndicats du bâtiment connaîtront d’importantes crises.
La FTQ-Construction n’avait pas attendu l’échéance pour se structurer. En 1980, un nouveau comité exécutif est formé et le 19 novembre, la FTQ-Construction tient la première assemblée mensuelle des directeurs et représentants. Durant les mois qui vont suivre, la nouvelle direction de la FTQ-Construction, Jean-Paul Rivard en tête, s’active à la préparation de ce premier vote déterminant, non seulement pour la FTQ-Construction, mais du mouvement syndical en général, car la naissance de la FTQ-Construction procède de deux conditions : l’autonomie politique et la volonté de faire évoluer le syndicalisme dans la construction.
Il faut aussi prévoir à plus long terme, car après le vote de ce début d’année qui départage l’appartenance de chacune des sections locales, il faut aussi prendre en considération qu’à l’automne 1981 se tiendra la campagne de «maraudage» pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs de la construction.
Au soir des résultats du premier vote, la FTQ-Construction représente encore 72,1% des travailleurs de l’ancienne association et le CPQMC-I en représente désormais 27,9%. Cependant, sur le nombre total des travailleurs de la construction, la FTQ-Construction en représente 49,3% alors que le Conseil compte pour 19,1% des adhérents possibles.
Puis en novembre 1981, perd 4% de son «membership ».
La FTQ-Construction prend son envol
Une fois débarrassée de ses problèmes politiques, la FTQ-Construction s’attaque aux grandes questions de l’heure. Dans le courant des années 1980, la FTQ-Construction s’attaque directement à se constituer l’association représentative la plus innovatrice et active dans l’industrie de la construction.
Le gouvernement du Québec est à mettre en vigueur la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Il n’est pas question que la construction soit absente de cet important dossier. La FTQ est appelée à nommer les membres qui siègeront en son nom au conseil d’administration de la nouvelle Commission de la santé et de la sécurité du travail. Jean Lavallée, directeur général et secrétaire financier de la FIPOE et président de la FTQ-Construction est parmi ceux-ci.
Il faut que les représentants se forment aux nouvelles réalités juridiques : droit de refus, contaminant, programme de prévention, bureau de révision, préoccupation en matière de prévention et d’inspection. Non seulement, un nouveau vocabulaire se répand dans nos troupes, mais aussi un nouveau dynamisme envahit les milieux de travail. À ce jour, le dossier de la santé et la sécurité du travail est et demeure toujours une priorité pour la FTQ construction.
Il faut aussi s’assurer de combler l’ensemble des postes où la FTQ-Construction doit être présente. Conseil d’administration de la l’office de la construction du Québec (OCQ), comité mixte pour les questions relatives aux avantages sociaux, notamment, il faut être non seulement présent partout, mais aussi les plus compétent. Malgré des moyens réduits, la FTQ-Construction met donc en branle un premier projet d’éducation syndicale.
La crise économique de 1982 en tant que révélateur de solidarité
Mais tout cela se passe dans un contexte difficile. En ce début des années 1980, l’économie va mal et c’est peu dire. Jamais une récession n’a frappé si durement le Québec depuis la «crise» économique amorcée à l’automne de 1929. Le taux de chômage atteint des sommets inégalés et les taux hypothécaires grimpent à plus de 21%. Le nombre d’heures travaillées tombe à son plus bas niveau en 1983 avec 67,8 millions. En huit ans à peine, sachant que chaque salarié travaille environ 1 000 heures en moyenne par année, il s’est perdu plus de 87 000 emplois. Aucune industrie dans l’histoire présente n’a connu une décroissance telle sur une période de temps aussi restreinte.
Face à cette situation, l’industrie innove en proposant le projet «Corvée habitation».Il vise à maintenir, sinon stimule la construction résidentielle. Il faut tenir coûte que coûte en attendant la reprise économique. Les travailleurs acceptent de financer la baisse des taux d’intérêt, de la construction résidentielle dans l’ordre de deux pour cent. Leur sacrifice est important puisque c’est à même la cotisation à leur fonds de retraite que les sommes sont perçues à cette fin.
Au-delà de ces gestes collectifs, mais anonymes, les travailleurs de la FTQ-Construction vont encore plus loin dans leur démonstration de solidarité. Nombreux sont ceux qui, après avoir «accumulé leurs timbres de chômage» appellent le syndicat ou un confrère sans travail pour laisser sa place à un «moins chanceux» que lui. Si cette pratique est illégale au sens de la Loi sur l’assurance-emploi, elle ne l’est ni en matière de justice sociale, ni en équité. Alors que les gouvernements refusent d’étaler les travaux de manière à maintenir l’emploi, de planifier la croissance et la décroissance, de palier à l’essoufflement de l’investissement privé par un support de l’investissement public, la FTQ-Construction ne peut condamner l’initiative de ceux que l’on a abandonnés dans la déroute économique. Car il faut bien l’avouer, le rendement sur le capital, lui, n’est pas à la baisse et la richesse continue de croître de manière inversement proportionnelle à l’apparition de la pauvreté chez la classe ouvrière.
Les syndicats de la construction sont aussi aux prises avec les pires conditions d’exercices qu’ils ont connues. Dans la majorité des sections locales, les représentants syndicaux oeuvrent la moitié de l’année comme bénévole. L’administration de base vient rafler la totalité des cotisations syndicales perçues. Mais dans ce contexte de difficultés réelles, les gestes de solidarité au quotidien manifestés par l’ensemble de cette collectivité ne peuvent qu’assurer qu’à la sortie de cette crise, la FTQ-Construction aura triomphé.
Mais la FTQ-Construction n’est pas la seule à proposer des projets innovateurs ou à poser des gestes de solidarité. En 1983, Louis Laberge, président de la FTQ, met en branle son projet de soutien et de création d’emploi : le Fonds de solidarité.
La Loi sur les accidents du travail et
les maladies professionnelles
Comme nous l’avons vu précédemment, le gouvernement du Parti québécois avait donné suite à son projet de remodeler le régime de santé et de sécurité au travail. Dépôt d’un livre blanc en 1978 par le ministre Pierre Marois, suivi du dépôt et de l’adoption de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, seront les premiers jalons de cette réforme. Mais il reste à revoir en profondeur le second pan du régime : celui visant l’indemnisation des victimes de lésions professionnelles. Le document de travail soumis aux délégués du Congrès de la FTQ, tenu en 1975, portant le titre : «Le contrôle des travailleurs sur leur santé», consacre le chapitre 2 à cet aspect de la santé et de la sécurité du travail. Entre 1980 et 1983, la CSST avait produit sept ou huit propositions de ce que pouvait devenir le régime.
La FTQ-Construction participe activement aux débats engendrés par ces proposions. Elle met sur pied, le 19 novembre 1980, un comité d’étude interne dont plusieurs membres siégent aussi au comité santé et sécurité de la FTQ. Les débats sont enflammés; rien de surprenant car il en a toujours été ainsi à la FTQ lorsque l’on parle de santé et de sécurité au travail. Émile Boudreault, directeur du service de santé et de la sécurité du travail est aux prises avec une bande de représentants syndicaux qui «en veulent». Pas toujours facile de traiter avec eux. Il y en a des jeunes et des moins jeunes, mais tous ont ce point en commun : la volonté d’obtenir pour leurs travailleuses et travailleurs le meilleur régime possible.
Lorsqu’en 1983, le ministre du Travail, Raynald Fréchette, présente en première lecture la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, la FTQ-Construction est prête. Mais le processus législatif sera long et ardu puisque la Loi ne sera mise en vigueur que le 19 août 1985 ix. La Commission parlementaire qui entendra les divers intervenants sur le sujet sera, avec la Commission parlementaire portant sur la Charte de la langue française, parmi les plus longues de l’histoire de l’Assemblée nationale du Québec
Les libéraux et la déréglementation :
Première phase
Mais l’heure n’est pas qu’à la solidarité et au partage. Avec l’avènement du gouvernement libéral en 1985, un vent de droite commence à souffler sur le Québec. La solution mise de l’avant par le gouvernement libéral s’appuie sur le rapport produit par le groupe de travail sur la déréglementation. En 1986, ce rapport que l’on nomme «Rapport Scowen», propose la déréglementation comme moyen de solution aux problèmes vécus par l’industrie. Les premiers touchés seraient, bien entendu, les travailleurs, mais qu’à cela ne tienne, les amis du pouvoir pourront encore une fois profiter de la manne si le projet aboutit.
Le 10 mai 1988, le ministre du Travail, Pierre Paradis, présente à l’Assemblée nationale le projet de loi 31 qui vise à exclure certains travaux du secteur résidentiel. Sous prétexte de permettre aux propriétaires occupants de rénover, réparer, entretenir ou modifier le logement qu’ils habitent, le ministre du Travail procède au désassujettissement de ces travaux. La FTQ-Construction ne peut souscrire aux prétentions du ministre. La FTQ-Construction fait observer qu’il n’y aura plus aucun contrôle sur ce secteur d’activité qui sera alors livré en pâture entre les mains de ceux qui exécutent du travail au noir. Toujours selon la FTQ-Construction, il est à prévoir que les consommateurs ne bénéficieront pas d’une pseudo-réduction des coûts, que ce sont plutôt les entreprises qui vont engranger de meilleurs profits et enfin, sans les contrôles nécessaires, la garantie sur la qualité des travaux risque d’en prendre un coup. Mais le bon sens ne triomphe pas toujours et puisque selon le gouvernement il faut déréglementer le ministre va de l’avant. L’histoire donnera cependant raison à la FTQ-Construction.
… puis le drame…
Le 22 février 1988, la FTQ-Construction, voire même la FTQ, connaît le pire drame de son histoire. Son nouveau directeur général, Guy Perreault, le directeur général adjoint de la FIPOE, Claude Proteau, le directeur de la section locale 618 des tuyauteurs, Jean-Claude Surreault, le représentant de la section locale 1981 des mécaniciens industriels, Gaétan Boucher ainsi que les deux pilotes décèdent dans l’écrasement de l’avion qui les menait en Gaspésie. Appelés à intervenir en raison de difficultés liées à la question de la machinerie de production, à l’usine de Chandler, nos quatre confrères ne reviendront jamais. Sur le plan humain, c’est la stupeur et la consternation. Peu de mots peuvent décrire le sentiment engendré par ce drame. D’abord chez les plus près, mais aussi dans l’ensemble du mouvement ouvrier. Sur le plan syndical, on vient de décapiter la FTQ-Construction. Guy Perreault voulait faire de la FTQ-Construction une structure de services. C’était un rassembleur, un travailleur. Claude Proteau, à peine 42 ans, lui c’est l’homme de toutes les situations, non seulement à la FIPOE, mais aussi pour la FTQ-Construction. Bien connu pour ses opinons tranchées et ses coups de gueule, voilà au moins quelqu’un avec qui la situation est toujours claire. Jean-Claude Surreault, qui provient du Local 144 des plombiers et qui est à faire de son syndicat FTQ, la section locale 618, le renouveau chez les tuyauteurs et enfin, ce petit nouveau de la section locale 1981, Gaétan Boucher. Le souvenir que j’en garde en fait un travailleur infatigable qui besogne au quotidien afin de faire de la nouvelle section locale 1981 des mécaniciens de chantier un vrai syndicat au service des membres. Près de ses membres et disponible en tout temps, il croit profondément à un service de qualité, direct et personnalisé. Nous conservons de nos quatre confrères un souvenir impérissable.
La FTQ-Construction se trouve un
nouveau directeur général
Un nouveau directeur général prend alors les rênes de la FTQ-Construction : Yves Paré. Un nouveau directeur, oui, mais pas un nouveau venu. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas connaître le «nouveau» directeur général de la FTQ-Construction. Représentant syndical d’expérience, il connaît aussi bien la réalité du chantier local que du chantier éloigné. Il est aussi l’un des fondateurs de la FTQ-Construction. Fort de cette expérience pratique acquise sur le terrain et à son travail, il gravit tous les échelons de sa structure syndicale et accède à la direction de l’Union des opérateurs de machinerie lourde, section locale 791. Bien installé aux commandes de son syndicat, entouré d’une bonne équipe, il serait facile à Yves Paré d’y demeurer. Mais on lui fait comprendre qu’il est l’homme de la situation. En ce début d’année 1988, Yves Paré devient le troisième directeur général de la FTQ-Construction.
Une fin de décennie plus prometteuse
Alors que le début de la décennie est marqué par le sous-emploi, la construction connaît une importante croissance dans la seconde période. Le sommet est atteint en 1989 avec plus de 110 millions d’heures travaillées.
À cheval sur les années 1980 et 1990, un autre projet initié et porté par la FTQ-Construction est en marche : la sécurité du revenu. Le principe est simple mais il fallait y penser et le mettre en branle. La FTQ-Construction propose de régulariser le revenu des travailleurs de la construction, condamnés trop souvent à une période de chômage, en créant un régime de sécurité du revenu.
À force de persistance et d’acharnement, la FTQ-Construction obtient, le 5 juillet 1989, la création de la Commission d’enquête sur la stabilisation du revenu et de l’emploi des travailleurs de l’industrie de la construction x. Cette Commission reçoit le mandat du gouvernement de «dégager des recommandations en vue d’initier les mesures législatives ou réglementaires requises à l’implantation d’un système de stabilisation de revenu et de l’emploi dans l’industrie de la construction».
La Commission remet son rapport au ministre Yves Séguin, le 28 juin 1990. Les recommandations du rapport sont percutantes : mise en place de la Commission de stabilisation des travaux de construction, création d’un régime de prestations supplémentaires d’assurance-chômage, revalorisation de la formation professionnelle, reconnaissance de la priorité de l’embauche régionale, proposition de mesures concrètes afin d’endiguer le travail au noir. Après des années de travail, les revendications mises de l’avant par la FTQ-Construction sont reconnues à leur juste valeur.
La FTQ-Construction investit massivement dans ce projet qui pourrait, enfin, permettre aux travailleurs de la construction de bénéficier annuellement d’un revenu décent. Les statistiques sont concluantes sur ce point : les travailleuses et les travailleurs de la construction travaillent en moyenne la moitié de l’année. Si le taux de salaire horaire apparaissant au décret semble intéressant, il ne faut pas perdre de vue que les salariés n’œuvrent que l’équivalent d’une demi-année sur les chantiers.
Les libéraux et la déréglementation :
phase 2 :
L’intégralité du champ d’application
et le projet de loi 142
À l’automne 1993, le ministre du Travail appelle les intervenants de l’industrie de la construction à un sommet. Très rapidement, lors des séances de travail, le «Sommet» apparaît aux participants comme joué d’avance. Les temps de parole limités, les échanges de fond impossibles, les sujets télécommandés. La partie syndicale s’interroge d’ailleurs sur la pertinence de demeurer ou non à la table. Mais la FTQ-Construction n’a jamais apprécié les chaises vides et, bon joueur, participe à cette fausse consultation que certains, non initiés, qualifient d’important exercice pour l’industrie.
Bien que tous les acteurs du secteur de la construction qui participent au sommet soient en attente de ce que le gouvernement libéral va proposer dans la foulée de celui-ci, personne n’est en mesure d’imaginer ce qui a pu germer dans la tête du ministre Normand Cherry. Lorsque, dans la foulée du sommet de la construction, les premiers intéressés prennent connaissance du contenu du projet de loi 142 xi déposé à l’Assemblée nationale, c’est la stupéfaction. Le ministre du Travail propose tout simplement l’exclusion du secteur résidentiel du champ d’application de la Loi. Plus particulièrement, les prétentions gouvernementales sont à l’effet qu’en déréglementant le secteur domiciliaire, cela aura pour conséquence d’engendrer une baisse des coûts de production et qu’ainsi le travail au noir s’estompera de lui-même puisqu’il sera devenu plus concurrentiel et comme tout le monde le sait, dans notre beau monde capitaliste, la loi du marché est civilisatrice. L’expérience démontrera le contraire. Non seulement le coût de la construction résidentielle ne diminue pas suite au désassujettissement, mais le coût de l’habitation va croître dans de nombreux cas. Pourtant, l’expérience de 1988 démontre clairement que l’exclusion de certains travaux du secteur résidentiel n’a réduit ni les coûts, ni le travail au noir. Politiquement, il s’agit d’un gouvernement qui n’apprend pas et qui, de prétexte en prétexte, sert des groupes d’intérêts et des lobbys. Car la question se pose avec la même acuité en 1993 qu’en 1988. Elle se pose encore aujourd’hui avec le même à-propos.
Par cet acte irresponsable, le ministre vient occulter d’autres aspects du projet de loi qui se révèlent pourtant intéressants en matière de relations du travail. Que l’on pense notamment à l’abolition des décrets et à l’opportunité qui est désormais donnée de négocier des conventions collectives de travail sectorielles avec l’association patronale directement concernée.
Mais le «Projet de loi 142» met le feu aux poudres. Il faut comprendre que les travailleurs de la construction, exclus du champ d’application, se retrouvent à très court terme avec un statut de non syndiqué et sans condition de travail particulière applicable. Selon le ministre, ils perdent à moyen terme leurs bénéfices d’assurance et de retraite, mais, dans les faits, ils les perdent immédiatement. Ce geste demeurera à tout jamais impardonnable et impardonné. Nombre de travailleurs, ainsi trahis par le gouvernement, voient leurs conditions de vie détruites. Plus encore, on rapporte des cas de travailleurs qui dans l’année qui suit, ne pouvant se reclasser et ayant tout perdu, iront jusqu’au suicide.
La libéralisation des marchés a produit ses effets. Issu d’une idéologie sans cœur et sans âme, le «Projet de loi 142» marquera la mémoire collective du monde syndical, en général, et des travailleurs de la construction en particulier durant de nombreuses décennies. Il représente en soi l’incapacité de certains à gouverner.
La FTQ-Construction entre en guerre…
De la sanction, la loi 142 le 14 décembre 1993, à la prise du pouvoir par le gouvernement du Parti québécois en septembre 1994 la FTQ-Construction est en conflit ouvert
avec le gouvernement en place. La colère gronde à ce point dans le milieu de la construction que la mobilisation se fait sans effort.
Si d’une part la FTQ-Construction organise des manifestations afin que les travailleuses et les travailleurs de la construction puissent exprimer et démontrer leur mécontentement à la modification du régime juridique, d’autres événements spontanés se produisent sans l’intervention de celle-ci. Toutes les occasions sont propices pour faire connaître au gouvernement libéral la piètre opinion que le secteur de la construction a de lui. D’ailleurs, au-delà des divergences patronales-syndicales, tous ceux qui sont doués de sens commun ont compris que le geste posé par le gouvernement est irresponsable. Robert Brown, directeur général de l’Association des entrepreneurs en construction du Québec (AECQ) déclare « C’est le comble du ridicule : en prétendant enrayer le travail au noir, on le légalise »xii.
Des bureaux de députés et de ministres occupés, des chantiers perturbés, des relations du travail tendues, sont autant de signes objectifs démontrant l’apparition d’une importante fracture sociale. Parmi les événements les plus significatifs liés à l’adoption et à la mise en vigueur de « 142 », nous retiendrons l’imposante manifestation des 25 000 travailleurs de la construction devant l’Assemblée nationale du Québec à la fin de 1993 et la présence des travailleurs de la construction aux portes du congrès des libéraux du Québec.
Les députés et les ministres libéraux qui voient leur quotidien envahi n’y comprennent rien et se plaignent du manque de savoir-vivre des travailleurs de la construction. Comment ne peuvent-ils pas comprendre qu’«Ils» ont voté une loi qui a pour conséquences de désyndiquer les travailleurs de la construction, de réduire leur salaire, de mettre fin à leurs bénéfices d’assurance, de les priver de leur fonds de retraite? Cela démontre le manque de clairvoyance, de lucidité et de responsabilité de ces hommes et de ces femmes qui ont voté le projet de loi 142.
La FTQ-Construction gagne la guerre
Alors que depuis plusieurs mois la FTQ-Construction lutte activement contre le gouvernement dans le but avoué de voir ce dernier faire marche arrière, le 24 juillet 1994 les élections provinciales sont déclenchées.
Il est de coutume à la FTQ de prendre position lors d’une élection, qu’elle soit provinciale ou fédérale. Le Conseil général de la FTQ reçoit le chef du Parti québécois, monsieur Jacques Parizeau, afin de le voir se commettre sur les grandes questions de l’heure concernant le monde du travail. Sur la question des relations du travail dans l’industrie de la construction, le chef du Parti Québécois est sans équivoque. La phrase qu’il prononce à ce sujet fera date dans l’histoire de la construction. Lorsque Jacques Parizeau annonce que dans la mesure où le Parti québécois formera le prochain gouvernement, il va «scraper 142», c’est le délire. Les délégués de la construction qui assistent au Conseil général, bien que n’en attendant pas moins de cet homme, sont en liesse. Et il tiendra promesse. Le soir du 12 septembre 1994, lors de l’annonce du résultat des élections provinciales, les travailleuses et les travailleurs de la construction savent que la guerre est finie.
En novembre 1994, la ministre du Travail Louise Harel, au nom du nouveau gouvernement du Québec, présente le projet de loi 46 xiii modifiant à nouveau la Loi de manière à rétablir son champ d’application. La loi couvre aussi d’autres aspects du régime, mais c’est principalement sur cet aspect que les travailleuses et les travailleurs de la construction s’en souviendront. Les auditions de la Commission de l’économie et du travail débutent le 20 décembre 1994 et se terminent le 2 février 1995. Au total, quatorze jours d’auditions seront nécessaires afin de faire l’étude de ce projet de loi. Finalement, le 8 février 1995, la loi est sanctionnée.
Enfin de vraies négociations
La Loi oblige désormais une négociation entre la partie syndicale, qui a dégagé un vote majoritaire, et l’association sectorielle d’employeurs. Désormais, du coté patronal, les premiers intéressés doivent se présenter à la table de négociation. La FTQ-Construction demande depuis des années que la loi soit modifiée de cette façon afin d’en éloigner les pseudo-spécialistes qui ont plus d’intérêts à faire traîner les choses, qu’à régler les vrais problèmes rencontrés sur les chantiers. Car en faisant traîner les choses, ce ne sont ni les employeurs, ni les travailleurs qui en bénéficient, mais les administrateurs de conventions collectives bien tapis dans leur bureau à faire des relations du travail théoriques et abstraites. Ce sont les mêmes qui prétendent que la santé et la sécurité du travail ont évolué sur les chantiers alors que le nombre de décès à survenir n’a pas diminué et qui s’opposent à la mise en vigueur des dispositions de la Loi sur la santé et la sécurité du travail pour des motifs purement économiques. Bien sûr, ce ne sont pas eux qui meurent ou se mutilent sur les chantiers, alors... pourquoi s’en faire.
Les conventions collectives se négocient en pleine crise économique. Pire encore que la crise précédente de 1982. Durant quatre ans, de 1993 à 1996, les heures enregistrées tombent à 65 millions xiv et la remontée se fera attendre. Malgré ce dur climat, les négociations cheminent. Mais le climat est morose.
Dix-huit mois de négociations feront accoucher l’industrie de ses premières véritables conventions collectives découlant d’une entente. Sans la pression indue d’une possible intervention gouvernementale, les parties sont condamnées à s’entendre. Le temps alloué à la négociation permet d’en arriver à des résultats intéressants. Dans le secteur du génie civil et voirie, on tente de déjudiciariser l’application de la convention collective en instituant un processus où syndicats et employeurs doivent s’entendre lorsqu’il y a mésentente au sujet d’une disposition du contrat collectif de travail. À défaut d’une telle entente, la Loi s’applique et c’est alors à la Commission de la construction du Québec d’interpréter la convention. Il en est de même dans les secteurs industriel, institutionnel et commercial où cette fois on s’attaque à déjudiciariser les conflits de compétente. Il s’agit ici d’un tournant important en matière de relations du travail. Désormais, les jeux sont clairs et empêchent ceux qui n’avaient pas le courage d’affirmer leur position et qui se cachaient derrière des décisions de l’administration de tenir deux discours. Pour la partie syndicale, c’est une réelle victoire.
Des salaires majorés, le régime d’avantages sociaux sauvegardé, voire même enrichi, et ce, sur toile de fond d’une crise économique, on doit considérer qu’il s’agit d’un bon contrat de travail. Malheureusement, le germe de nombreuses discordes est intégré de bonne foi dans ces conventions. Une ouverture est faite aux employeurs dans le but d’assouplir les horaires de travail. Mais pour l’instant, tout est pour le mieux. Les conventions collectives sont ratifiées et entrent en vigueur le 11 mai 1997.
Mais tout n’est pas terminé, car la convention collective du secteur résidentiel n’est pas signée. L’impasse dans ces négociations, qui a mené à un lock-out de la part de l’association patronale (APCHQ), obligera dans les faits les parties à demander l’intervention d’un tribunal d’arbitrage qui, après de longs travaux, produira une convention collective.
Les conventions collectives, dans l’industrie de la construction, ont ceci de particulier que leur échéance se produit chaque trois ans, et ce, peu importe le temps pris à les négocier. Le temps alloué à la négociation hypothèque d’autant la durée de la convention à venir et avantage les employeurs dans la mesure où chaque jour perdu maintient le statu quo des conditions de travail. De plus, toute clause à effet rétroactive étant illégale, le temps joue en défaveur des salariés. Dans les faits, cela veut dire que les conventions signées le 11 mai 1997 se terminent le 30 avril 1998. À peine terminée, il faut déjà passer à la préparation de la prochaine ronde de négociation.
Mais pendant ce temps…
Les événements se bousculent
C’est alors que vont survenir des transformations majeures dans le paysage syndical. D’abord, un nouveau changement de garde se produit à la FTQ-Construction. Yves Paré, directeur de la Fédération depuis 10 ans se retire. Jocelyn Dupuis, directeur du syndicat des grutiers, section locale 791G, prend la tête de la FTQ-Construction au congrès de novembre 1997.
Les négociations ayant déjà débuté, Yves Paré conserve son poste de porte-parole aux tables de négociations pendant que le nouveau directeur général prend bien en main la structure syndicale et se concentre sur les aspects politiques de son nouveau rôle. Pour cette ronde de négociation, la FTQ-Construction a signé un protocole d’entente avec la CSD-Construction afin de s’assurer d’avoir plus de 50% de représentation, tel que le prévoit la Loi. Le CPQMC (International) n’ayant pu se classer, certains syndicats de cette association iront directement se joindre à la coalition FTQ-Construction-CSD-Construction afin d’être présents à la table de négociation. Les sections locales : 144 des tuyauteurs, 2182 des mécaniciens industriels et 271 des chaudronniers, adhèrent au protocole d’entente précédemment intervenu.
Pendant que la négociation visant le renouvellement des conventions collectives se poursuit, d’autres négociations interviennent entre la FTQ-Construction et le CPQMC-I. Ces négociations visent à créer une nouvelle association représentative formée de ces derniers et qui donnerait aux travailleuses et aux travailleurs de la construction une association syndicale majoritaire. Les négociations débouchent sur la création du Conseil conjoint de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) et le congrès de fondation se tient le mardi 17 novembre 1998.
Jean Lavallée prend la présidence du Conseil conjoint de la construction. La FTQ-Construction et le CPQMC-I mettent à la disposition de la nouvelle association représentative leur personnel de direction. Jocelyn Dupuis et Richard Goyette, respectivement directeur général et directeur général adjoint de la FTQ-Construction, assument les mêmes fonctions pour le Conseil conjoint, alors que le CPQMC-I, fait de même en déléguant deux membres de sa direction.
Cependant, dans la pratique, pour faire du Conseil conjoint une association représentative, il est nécessaire de modifier la Loi. Le 19 juin 1999, le gouvernement du Québec sanctionne le projet de loi 25 xvi et reconnaît le Conseil conjoint de la construction à titre d’association représentative en remplacement de la FTQ-Construction et du CPQMC-I.
Les deux négociations qu’entreprendra le Conseil conjoint de la construction dans les années qui suivent sa création sont parmi les grands succès de la nouvelle structure syndicale. La première négociation se termine le 30 septembre 2001 et la suivante, le 22 mars 2004. Pour la première fois dans l’histoire de l’industrie de la construction, une convention collective de travail est renouvelée avant son échéance. Réduction des heures dans le secteur du génie civil, réduction du nombre de jours à œuvrer sur un chantier éloigné avant l’obtention d’un congé périodique, frais de déplacement rationalisés, création d’un fonds d’éducation syndicale, sans oublier des augmentations salariales des plus intéressantes et une majoration de l’ensemble des clauses à portée monétaire. Mais ce qui se révélera le plus important, c’est d’avoir permis de sauver le fonds de retraite des salariés de la construction.
Le fonds de retraite de l’industrie de la construction représente, en 2001, plus de 7,5 milliards de dollars. Or, l’écroulement des marchés financiers, des placements déficitaires de la Caisse de dépôt et de placement a fait chuter le fonds de centaines de millions de dollars. Au 31 décembre 2002, le régime accumule une perte record de 1,2 milliard, le fonds ayant passé de 7,545 à 6,693 milliards. Il est impératif de tout mettre en œuvre pour le sauver. La FTQ-Construction propose dès lors de modifier la convention collective par lettre d’entente afin de pallier au plus pressant et d’empêcher le fonds de crouler. Malheureusement cet appel ne sera pas reçu. En conséquence, lorsque les négociations débutent, en 2004, rien ne va plus. Les parties réussiront cependant non seulement à sauver le régime de retraite, mais à l’améliorer et à le solidifier en garantissant pour l’avenir un régime plus rentable et sécurisé.
Les grandes luttes de la FTQ-Construction au sein du Conseil conjoint de la construction.
Les luttes pour le travail
En plus des négociations et des affaires courantes qu’administre le Conseil conjoint, l’assujettissement de la machinerie de production et la réécriture des champs de compétence des métiers et des occupations seront au cœur des grandes préoccupations auxquelles se consacre la nouvelle association représentative.
En cette fin des années 1990, la recherche d’une solution efficiente pour la machinerie de production n’est pas un nouveau dossier; c’est au contraire l’un des plus anciens débats qui anime l’industrie. Mais il refait surface avec plus d’acuité à certains moments. Après de longues discussions, la FTQ-Construction s’est entendue avec les syndicats industriels de la FTQ. Chacun garde ses acquis. Il n’est surtout pas question de se voir remettre des travaux qui sont autrement exécutés par nos consœurs ou nos confrères des autres secteurs d’activités économiques. D’autre part, nous devons revendiquer l’exécution des travaux relevant de notre champ de compétence.
La proposition mise de l’avant par la FTQ-Construction vise à intégrer au champ d’application de la Loi les travaux exécutés sur la machinerie de production. Dans la majorité des cas, ce sont des travailleurs de la construction qui exécutent ces travaux puisqu’ils bénéficient déjà de la formation, de l’expérience et de l’expertise nécessaire afin de les réaliser. Mais en contrepartie, on ne leur reconnaît pas le statut professionnel qui y est lié et, par voie de conséquence, les conditions de travail qui y règnent sont inférieures. Les conséquences de cette politique sont énormes pour l’industrie de la construction, dans la mesure où c’est le secteur de la construction qui soutient les coûts reliés à la formation professionnelle, à l’apprentissage, au maintien des connaissances afin de demeurer à la fine pointe des nouvelles technologies, d’assurer et d’assumer le perfectionnement et le recyclage, mais n’en perçoit aucun bénéfice.
Multipliant les rencontres et les démarches auprès du gouvernement, recevant l’appui inconditionnel de la FTQ et de ses grands syndicats, sans qui toute modification à la Loi sur ce sujet délicat est impossible, Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis obtiennent du gouvernement du Parti québécois, une modification au Règlement d’application de la Loi xvii qui a pour effet d’intégrer une bonne part des travaux non assujettis ou d’en préciser la portée. Lorsque le 26 février 2003 ces modifications entrent en vigueur, c’est la première fois, depuis 1968, qu’un gouvernement pose un geste aussi significatif afin de rétablir l’équilibre dans cet épineux dossier.
La restructuration de la
FTQ-Construction
Alors que le Conseil conjoint de la construction est à toute fin paralysé par l’inertie de ceux qui ne peuvent assumer leur responsabilité, la FTQ-Construction se restructure de manière à assurer à ses affiliés des services adaptés aux réalités qui se complexifient de jour en jour. Des postes sont créés afin de couvrir chaque domaine d’activité syndicale : la formation professionnelle, la sécurité du revenu, la santé et la sécurité du travail, l’éducation syndicale et les opérations. Les autres dossiers de relations du travail et de représentation demeurent entre les mains de la direction générale. L’efficacité de la FTQ-Construction en est d’autant multipliée dans la mesure où les dossiers et les responsabilités sont dévolus à des personnes qui possèdent déjà une expertise en ce domaine.
Les lois sociales et la
FTQ-Construction
Peu importe le sujet : l’assurance-emploi, la santé et la sécurité du travail, l’indemnisation des lésions professionnelles, les retraites, les régimes d’avantages sociaux, les congés parentaux ou autres, la FTQ-Construction fait entendre sa voix.
Dans le cadre des revendications mises de l’avant par la FTQ-Construction, on ne peut passer sous silence celle relative à l’assurance-emploi. Dans un tel contexte, l’engagement pris, en novembre 2000, par le gouvernement libéral fédéral, et plus particulièrement de messieurs Coderre et Gagliano, de modifier la Loi sur l’assurance-emploi occasionne une perte de crédibilité qui s’avèrera insurmontable pour le Parti libéral fédéral en particulier et pour le gouvernement fédéral quel qu’il soit en général. Car en définitive, c’est le Parti conservateur du Canada qui, alors qu’il est au pouvoir, vide la Loi de son contenu. Quant aux libéraux, ils se contentent de piller la caisse tout en refusant de rétablir les bénéfices du régime.
Malgré la promesse du gouvernement, malgré qu’une Commission de la chambre des communes ait donné raison à la FTQ-Construction sur ses revendications, et malgré que ce même gouvernement se soit de plus engagé à modifier la Loi dans le sens des recommandations de la Commission de la chambre, les libéraux fédéraux n’ont pas tenu leurs engagements. Promesses en l’air, tapageuses et opportunistes, une autre caractéristique d’une certaine classe de politiciens qui préfèrent trahir ses engagements plutôt que de mettre son siège en jeu. Il est vrai que ce n’est pas la première fois que ce parti prétend mettre ses sièges en jeu au Québec et trahit sa parole par la suite. Trudeau, alors premier ministre du Canada, l’a fait en 1980 et n’en a pas non plus payé le prix. Mais c’est la classe politique au grand complet qui en paie le prix, sa crédibilité est en chute libre et pour cause. En agissant de la sorte, ce n’est pas la FTQ-Construction que l’on trahit. En fait, on trahit plutôt les 140 000 travailleuses et travailleurs de la construction qui ont cru en cet engagement et qui sont aujourd’hui aux prises avec un régime de prestations déficient. Mais, pour la FTQ-Construction, il ne s’agit surtout pas d’un dossier terminé…
En matière de santé et de sécurité du travail, la FTQ-Construction n’a pas cessé de mener des luttes, de mettre en branle des moyens d’actions, de faire des dénonciations et de s’activer afin de faire revivre ce sujet qui concerne les travailleuses et les travailleurs de la construction à chaque jour de leur vie. Soutenir les affiliés, assainir les chantiers, modifier les comportements, s’attaquer à l’organisation du travail déficiente, pallier au plus pressant, voilà à quoi la FTQ-Construction s’active.
La lutte ne fait que s’engager…
De la rupture du Conseil conjoint
Fort du constat d’échec, les parties adressent une demande au gouvernement du Québec au printemps 2005 afin de modifier la Loi de manière à retourner à la situation antérieure à la création du Conseil conjoint de la construction, c’est-à-dire de recréer la FTQ-Construction et le CPQMC-I à titre d’association représentative. Le 13 juin 2005, le gouvernement donne suite à cette demande en présentant le projet de loi 116 xviii. Cependant, le projet de loi ayant été présenté tardivement à la fin de la session parlementaire, on n’y donnera pas suite.
Entre-temps, certaines sections locales affiliées à une union internationale ne se reconnaissent plus au sein du CPQMC-I et se rapprochent de la FTQ-Construction. La section locale 349 des peintres et métiers connexes, les descendants de ceux-là même qui sont à l’origine du premier regroupement de métiers au Québec, ne sont pas d’accord avec la rupture. Selon eux, la structure mise sur pied par la FTQ-Construction et les avantages évidents que procure à un syndicat l’appartenance à la FTQ les mènent à la conclusion qu’ils doivent maintenir des liens avec ceux-ci. Le conseil exécutif et les membres, lors d’assemblées délibérantes prennent la décision de se joindre à la FTQ-Construction si le Conseil conjoint de la construction éclate.
Le 15 novembre 2005, le ministre du Travail Laurent Lessard, au nom du gouvernement du Québec présente en chambre le projet de loi 135 xix. Il est adopté le 8 décembre et sanctionné le 13 décembre.
S’il est vrai que ce projet de loi refait de la FTQ-Construction une association représentative, il n’en demeure pas moins qu’il contient bien d’autres choses. Le ministre du Travail, prétextant l’échec du chantier de la Gaspésia, un chantier industriel, modifie le régime juridique sur bien d’autres aspects. Il désassujettit les travaux de construction de serres et certains travaux reliés au secteur minier. Aucun lien avec la Gaspésia, on l’aura compris!
De plus, le ministre modifie le projet de loi à la dernière minute, de manière à ce que le syndicat des peintres, malgré la volonté évidente de ses membres de joindre les rangs de la FTQ-Construction, ne puisse le faire. Le ministre, dans les faits, transgresse les principes de son propre projet de loi. En effet, d’une part il se targue d’intervenir dans le régime syndical au nom de la protection et de la sauvegarde du choix du salarié d’appartenir à l’association de son choix, mais d’autre part, il intervient directement dans un processus démocratique afin d’empêcher les membres de la section locale 349 de se joindre à l’association de leur choix.
De plus, le ministre du Travail modifie le rôle de la Commission de la construction Québec de manière importante, et ce, malgré l’avis unanime des parties patronales et syndicales. Il remet à la Commission la gestion des plaintes relatives à des différends pouvant survenir entre les parties, mais hors des relations du travail que nous qualifions ici de traditionnelles. Lors des auditions de la Commission parlementaire, toutes les parties intéressées ont clairement indiqué au ministre que la Commission est le seul lieu commun d’échange pour l’industrie de la construction. La modification législative va à l’encontre des efforts consentis par les parties pour déconflictualiser la Commission. Les dernières négociations ont porté sur le rôle de la Commission en matière d’interprétation des conventions collectives ou encore dans le cas où survient un conflit de compétence. Les acteurs de l’industrie ont préféré conserver l’avantage consentis à cette administration d’en faire un forum propre à l’établissement de saines relations du travail et une gestion éclairée des différents mandats qui lui sont dévolus. Le ministre passe outre à la volonté clairement affirmée de l’ensemble de ceux qui ont à cœur l’industrie de la construction et qui y consacrent leur vie.
Sanctionné en fin de session parlementaire, le projet de loi 135 entre en vigueur en partie le 13 décembre 2005.
La FTQ-Construction comprend qu’en réalité, le gouvernement ne désire nullement régler les problèmes de l’industrie de la construction et plus particulièrement ceux vécus par les travailleuses et les travailleurs de la construction. D’ailleurs, la Commission parlementaire démontre de manière concluante que le ministre Lessard ne les connaît pas et ne s’y intéresse pas. Il faut l’avoir vu invoquer à de multiples reprises la notion de «jurisprudence constante» à l’appui de son intention de désassujettir les travaux des parcs de résidus miniers pour en saisir toute l’ampleur. Deux ou trois décisions contradictoires du Commissaire de la construction deviennent subitement entre les mains du ministre du Travail une «jurisprudence constante» propre à intervenir dans le champ d’application de la Loi. Ignorance, incompétence, faire plaisir à des amis… voilà les motivations que les travailleurs de la construction semblent trouver à la source de l’intervention du ministre.
Les nouvelles sections locales de la
FTQ-Construction
La Loi ayant modifié le statut de la FTQ-Construction, celle-ci étant redevenue une association représentative à part entière, la réouverture des sections locales qui avaient été mises en veilleuse, il y a quelques années, devenait nécessaire. On se souviendra que lors de la création du Conseil conjoint de la construction, il fut convenu que les sections locales minoritaires, soit de la FTQ-Construction, soit du CPQMC-I, se fusionneraient totalement, sinon administrativement, avec la section locale majoritaire de l’autre association.
Ainsi, les sections locales des ferrailleurs, des monteurs d’acier de structure, des mécaniciens industriels et des tuyauteurs de la FTQ-Construction avaient alors fusionné avec les sections locales du CPQMC-I, puisque ce sont elles, qui à l’époque, détenaient la majorité pour ces métiers. Cependant, aucune section locale affiliée au CPQMC-I qui représentait des groupes minoritaires n’a respecté sa parole et n’a joint, en contrepartie, les sections locales majoritaires de la FTQ-Construction. À titre d’exemple, nous pensons ici aux manœuvres, aux charpentiers-menuisiers, aux opérateurs de machinerie lourde ou de pelles, aux grutiers qui sont nettement minoritaires au sein du CPQMC-I. En effet, dans ces métiers et occupations, aucune autre « association représentative » ne représente autant de membres que la FTQ-Construction. La FTQ-Construction a toujours cru qu’il est impératif de rassembler tous les travailleurs de la construction sous une même bannière afin qu’ils bénéficient du meilleur rapport de force et des meilleurs services possibles. Mais d’autres ne le croient pas.
C’est pourquoi, avec la mort du Conseil conjoint de la construction, la FTQ-Construction n’a donc d’autre choix que de rouvrir les sections locales 618 des tuyauteurs, 777 des poseurs d’acier d’armature, 1981 des mécaniciens industriels afin d’offrir des services aux travailleurs oeuvrant dans ces métiers. Dès janvier 2006, tout est en place afin d’assurer le service aux travailleuses et aux travailleurs membres de la FTQ-Construction qui exercent ces métiers.
Au début février, Alain Pigeon, gérant d’affaires de la section locale 116 des ferblantiers et des couvreurs, affiliée au CPQMC-I, démissionne et se joint à la FTQ-Construction. Ensemble, la section locale 2020 et les nouveaux venus de la section locale 116 fondent la section locale 2016.
Le 23 février, c’est au tour de Conrad Cyr, ex-représentant de la section locale 711 des métiers de l’acier du CPQMC-I, d’adhérer à l’équipe de la FTQ-Construction en prenant la direction de la section locale 192 de l’Union des serruriers en bâtiment du Québec.
Ce qu’il reste à faire…
À partir de ce soir, le samedi 22 avril 2006, où nous soulignons le 25ème anniversaire d’existence de la FTQ-Construction, la page est blanche. Tout reste à écrire.
Que tous ceux qui partagent nos rêves et nos espoirs afin de faire de l’industrie de la construction un secteur industriel plus stable dans son développement, plus généreuse dans les emplois qu’elle procure, plus sécuritaires et plus saines pour les travailleuses et les travailleurs qui y consacrent leur vie se joignent à nous pour en écrire la suite.

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