Historique
Première phase
Mais l’heure n’est pas qu’à la solidarité et au partage. Avec l’avènement du gouvernement libéral en 1985, un vent de droite commence à souffler sur le Québec. La solution mise de l’avant par le gouvernement libéral s’appuie sur le rapport produit par le groupe de travail sur la déréglementation. En 1986, ce rapport que l’on nomme «Rapport Scowen», propose la déréglementation comme moyen de solution aux problèmes vécus par l’industrie. Les premiers touchés seraient, bien entendu, les travailleurs, mais qu’à cela ne tienne, les amis du pouvoir pourront encore une fois profiter de la manne si le projet aboutit.
Le 10 mai 1988, le ministre du Travail, Pierre Paradis, présente à l’Assemblée nationale le projet de loi 31 qui vise à exclure certains travaux du secteur résidentiel. Sous prétexte de permettre aux propriétaires occupants de rénover, réparer, entretenir ou modifier le logement qu’ils habitent, le ministre du Travail procède au désassujettissement de ces travaux. La FTQ-Construction ne peut souscrire aux prétentions du ministre. La FTQ-Construction fait observer qu’il n’y aura plus aucun contrôle sur ce secteur d’activité qui sera alors livré en pâture entre les mains de ceux qui exécutent du travail au noir. Toujours selon la FTQ-Construction, il est à prévoir que les consommateurs ne bénéficieront pas d’une pseudo-réduction des coûts, que ce sont plutôt les entreprises qui vont engranger de meilleurs profits et enfin, sans les contrôles nécessaires, la garantie sur la qualité des travaux risque d’en prendre un coup. Mais le bon sens ne triomphe pas toujours et puisque selon le gouvernement il faut déréglementer le ministre va de l’avant. L’histoire donnera cependant raison à la FTQ-Construction.
… puis le drame…
Le 22 février 1988, la FTQ-Construction, voire même la FTQ, connaît le pire drame de son histoire. Son nouveau directeur général, Guy Perreault, le directeur général adjoint de la FIPOE, Claude Proteau, le directeur de la section locale 618 des tuyauteurs, Jean-Claude Surreault, le représentant de la section locale 1981 des mécaniciens industriels, Gaétan Boucher ainsi que les deux pilotes décèdent dans l’écrasement de l’avion qui les menait en Gaspésie. Appelés à intervenir en raison de difficultés liées à la question de la machinerie de production, à l’usine de Chandler, nos quatre confrères ne reviendront jamais. Sur le plan humain, c’est la stupeur et la consternation. Peu de mots peuvent décrire le sentiment engendré par ce drame. D’abord chez les plus près, mais aussi dans l’ensemble du mouvement ouvrier. Sur le plan syndical, on vient de décapiter la FTQ-Construction. Guy Perreault voulait faire de la FTQ-Construction une structure de services. C’était un rassembleur, un travailleur. Claude Proteau, à peine 42 ans, lui c’est l’homme de toutes les situations, non seulement à la FIPOE, mais aussi pour la FTQ-Construction. Bien connu pour ses opinons tranchées et ses coups de gueule, voilà au moins quelqu’un avec qui la situation est toujours claire. Jean-Claude Surreault, qui provient du Local 144 des plombiers et qui est à faire de son syndicat FTQ, la section locale 618, le renouveau chez les tuyauteurs et enfin, ce petit nouveau de la section locale 1981, Gaétan Boucher. Le souvenir que j’en garde en fait un travailleur infatigable qui besogne au quotidien afin de faire de la nouvelle section locale 1981 des mécaniciens de chantier un vrai syndicat au service des membres. Près de ses membres et disponible en tout temps, il croit profondément à un service de qualité, direct et personnalisé. Nous conservons de nos quatre confrères un souvenir impérissable.
La FTQ-Construction se trouve un
nouveau directeur général
Un nouveau directeur général prend alors les rênes de la FTQ-Construction : Yves Paré. Un nouveau directeur, oui, mais pas un nouveau venu. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas connaître le «nouveau» directeur général de la FTQ-Construction. Représentant syndical d’expérience, il connaît aussi bien la réalité du chantier local que du chantier éloigné. Il est aussi l’un des fondateurs de la FTQ-Construction. Fort de cette expérience pratique acquise sur le terrain et à son travail, il gravit tous les échelons de sa structure syndicale et accède à la direction de l’Union des opérateurs de machinerie lourde, section locale 791. Bien installé aux commandes de son syndicat, entouré d’une bonne équipe, il serait facile à Yves Paré d’y demeurer. Mais on lui fait comprendre qu’il est l’homme de la situation. En ce début d’année 1988, Yves Paré devient le troisième directeur général de la FTQ-Construction.
Une fin de décennie plus prometteuse
Alors que le début de la décennie est marqué par le sous-emploi, la construction connaît une importante croissance dans la seconde période. Le sommet est atteint en 1989 avec plus de 110 millions d’heures travaillées.
À cheval sur les années 1980 et 1990, un autre projet initié et porté par la FTQ-Construction est en marche : la sécurité du revenu. Le principe est simple mais il fallait y penser et le mettre en branle. La FTQ-Construction propose de régulariser le revenu des travailleurs de la construction, condamnés trop souvent à une période de chômage, en créant un régime de sécurité du revenu.
À force de persistance et d’acharnement, la FTQ-Construction obtient, le 5 juillet 1989, la création de la Commission d’enquête sur la stabilisation du revenu et de l’emploi des travailleurs de l’industrie de la construction x. Cette Commission reçoit le mandat du gouvernement de «dégager des recommandations en vue d’initier les mesures législatives ou réglementaires requises à l’implantation d’un système de stabilisation de revenu et de l’emploi dans l’industrie de la construction».
La Commission remet son rapport au ministre Yves Séguin, le 28 juin 1990. Les recommandations du rapport sont percutantes : mise en place de la Commission de stabilisation des travaux de construction, création d’un régime de prestations supplémentaires d’assurance-chômage, revalorisation de la formation professionnelle, reconnaissance de la priorité de l’embauche régionale, proposition de mesures concrètes afin d’endiguer le travail au noir. Après des années de travail, les revendications mises de l’avant par la FTQ-Construction sont reconnues à leur juste valeur.
La FTQ-Construction investit massivement dans ce projet qui pourrait, enfin, permettre aux travailleurs de la construction de bénéficier annuellement d’un revenu décent. Les statistiques sont concluantes sur ce point : les travailleuses et les travailleurs de la construction travaillent en moyenne la moitié de l’année. Si le taux de salaire horaire apparaissant au décret semble intéressant, il ne faut pas perdre de vue que les salariés n’œuvrent que l’équivalent d’une demi-année sur les chantiers.

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